D’un jour à l’autre

De l’atelier à l’écriture



Cy Jung — De l'atelier à l'écriture

À l’occasion de la retranscription de l’atelier d’écriture que j’ai animé le 12 juin 2011 aux Journées annuelles de rencontre de l’association David et Jonathan, je retrouve le plaisir que j’ai toujours de partager ce type de moment. Je n’ai jamais été formée à l’exercice ni ne l’ai pratiqué moi-même mais l’expérience acquise depuis Cluj en 2002 me permet d’affiner ma pratique de ces ateliers où mon objectif central est d’ouvrir pour chacun un espace où il va pouvoir écrire, tout simplement écrire. Bien ? Mal ? J’ignore ce que cela veut dire à ce stade et ce n’est vraiment pas ce qui m’intéresse.
Lors de ces ateliers, l’écrivaine que je suis souhaite solliciter le texte, permettre l’expression, en un moment précis, une possibilité de dire. Quand les textes sont lus par chacun, j’essaie toujours de révéler par un commentaire en quoi le choix d’un mot, d’un temps, d’une manière de construire une phrase ne sont pas un hasard parce que mon rôle est aussi de montrer que les choix inconscients que nous faisons quand nous écrivons, s’ils deviennent des choix maîtrisés, permettent de jouer du texte et mieux dire ce que l’on a à dire. J’essaie ainsi de partager mon savoir-faire sans jamais juger ces écrits que, j’avoue, je trouve toujours très émouvants.
Et c’est en fin de compte cela qui me touche : que les participants à ces ateliers se livrent avec tant de générosité, osent leurs émotions, leurs sensations, leurs sentiments, dans des textes qui disent toujours plus que leur intention ; c’est ce que la discussion révèle. Et cela tombe bien car c’est le propre du texte de parler au-delà de l’intention de son auteur et le métier d’écrire vise justement à maîtriser du plus possible cet au-delà, en en jouant, principalement. C’est parfois frustrant, d’ailleurs, de perdre avec l’expérience cette spontanéité du texte, parce que justement on vise une certaine esthétique, voire une certaine excellence.
C’est pour cela aussi que je prends autant de plaisir à me livrer dans des performances d’écriture ou dans la publication en direct de mes Feuillets. Quand je me relis, je trouve tant de fautes, de choses « mal dites », de doublons, de fausses rimes, de tics d’écriture, de phrases trop longues ou trop courtes, de mots mal choisis, etc. … et tant de constructions inattendues, d’expressions non contrôlées, de non-dits et autres contre-sens qui expriment tant sur ce que je n’espérais même pas penser. Laisser courir le texte… c’est si bon ensuite de se relire et découvrir qu’il y a tout à refaire parce que justement, on a effleuré l’essentiel et qu’il s’agit désormais de l’écrire.
Voilà ce qui fait la différence entre le « texte d’impulsion » et le texte, celui que l’on a travaillé, celui que l’on a fait vivre. Voilà ce qui fonde l’écriture : la capacité à se relire, à poser un regard critique sur ce que l’on a écrit, à tout recommencer non pas parce que le texte ne serait pas « beau » ni « bon », mais parce qu’il ne dit pas ce qu’il avait vocation à dire. L’humilité doit ainsi être au centre l’acte d’écrire. L’humilité, et une forme particulière de lucidité. Et c’est ce que je cherche à partager lors de ces ateliers par mes petits commentaires, ce regard que l’on doit poser sur le texte comme sur soi-même afin de sortir l’écriture de son exercice scolaire pour en faire un véritable acte de création.
Antidote, dans ses définitions de « création », propose « Tirer du néant ». Il y a de ça en effet et, quand je travaille un texte, c’est cette sensation que j’ai, de plus en plus. Au départ, il n’y a rien, pas même une idée parfois. Les mots filent puis se font texte. Et tout se joue ensuite dans le regard que je suis capable de poser ou non sur ce que j’ai écrit. J’ignore à quoi j’aboutis véritablement. Ce qui le dit, c’est d’abord le passage au filtre de l’éditeur puis, au final, ce que le lecteur en lit ; mais ça, comment le savoir… ? J’aime aussi cette énigme, celle de votre lecture. Une fois livré, le texte est à vous ; faites-en ce que vous voulez… Pendant ce temps, je continue à écrire en profitant, pour l’heure, de la douce langueur de ces journées d’été pluvieux…

Cy Jung, 18 juillet 2011.

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Information publiée le jeudi 21 juillet 2011.

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