[e-criture]

[#85] — La jeune fille qui cherche à perdre du poids (V-01)



Cy Jung — [#85] — La jeune fille qui cherche à perdre du poids (...)

[Le prétexte] Une jeune fille est avec son papa. Elle lit à haute voix un compte rendu de rendez-vous médical. Je comprends qu’elle est en surpoids. Elle doit faire de la marche avec des bâtons, manger moins de sucre, etc. Son père reprend chaque suggestion à son compte. Elle répond systématiquement, sur un ton de débile, « J’ai pas envie. »
Puis elle lui demande :
— C’est quoi « sodium » ?
Il ne sait pas.


Petit rappel liminaire

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.



[La nouvelle]
— Passe-moi le sel.
— C’est bien assez salé comme ça.
— Tu trouves ? Ça reste fade.
— Traite mon plat de fade !
— Si tu mettais un peu de viande, cela donnerait du goût. Là, ces céréales en bouillie avec des légumes bouillis aussi, non, franchement, c’est pas terrible.
— Si ça ne te plaît pas, tu peux te faire la cuisine. La viande, il faut arrêter d’en manger. C’est bourré de graisses que l’on ne voit pas et qui bouchent les artères. Tu te souviens que le médecin t’en a parlé, le cholestérol ?
— Je n’en ai pas tant que ça.
— Pas encore… Et tu sais combien il faut de litres d’eau pour produire un kilo de steak ?
— Non, et je m’en fous.
— Ça oui, tu t’en fous ! Ta santé ! La planète ! Tu te fous de tout. Le jour où tu vas crever, tu le regretteras.
— Qu’est-ce que t’en sais du jour je vais crever ? Si c’est pour échapper à ce gruau moyenâgeux, je m’en vais me taper un kebab avec une bière pour le dessert.
— Tu me dégoûtes.
— Fais pas cette tête ! On dirait que tu viens de voir un cadavre.
— C’est ça, la viande ? Non ? Du cadavre.
— Et tes céréales, c’est du compost qui nourrit les rats. Tu crois que c’est mieux ? Tu n’as jamais pensé au cri de l’épi de blé que l’on coupe, c’est sûr. En plus, on le moud après ! Tu t’imagines, passer dans une meuleuse. Ça doit faire mal !
— Fous-toi de ma gueule !
— Juste un peu. Faut rire, non ; sinon, la bouillie c’est pire. Même avec du sel, ça passe mal. Peut-être qu’un peu de ketchup…
— Tu sais la quantité de sucre dans 100 g de ketchup ?
— Juste 20 g, ça me suffit.
— Ça te fait 4 g de sucre.
— C’est rien !
— Ajouré à tout le reste…
— Quel « tout le reste » ? Tu ne mets plus de sucre nulle part, même pas dans les gâteaux !
— Les fruits confits, cela remplace bien.
— Non, sérieusement…
— Tu en manges pourtant, de mes gâteaux !
— C’est que je n’ai guère le choix.
— Tu n’as qu’à en faire ! Ce n’est pas compliqué ; tu as toutes les recettes que tu veux sur Internet.
— Si l’on se met à ne plus manger les mêmes gâteaux, il ne va plus nous rester grand-chose à part le crédit de la maison.
— Tu as toujours refusé que l’on ait des enfants !
— Tu devrais m’en remercier ; ils n’auraient jamais accepté de bouffer cette bouillie avec un cake sans sucre au dessert et une chicorée sans café.
— C’est mieux de manger local !
— Je sais, pas de café, thé, chocolat, bananes, ananas, agrumes, mangues… et j’en passe ! Heureusement qu’il reste le sexe ; c’est local et hypocalorique.
— Tu ne penses qu’à ça !
— Prépare une choucroute garnie avec un blanc d’Alsace, forêt noire en dessert et je te laisserai faire la vaisselle sans te baiser contre l’évier.
— Arrête !
— J’arrête quoi ? De te baiser pendant la vaisselle ?
— Non… Mais j’aime pas qu’on en parle.
— Ça pimenterait un peu, d’en parler… Mais bon, j’imagine que c’est comme tout ce qui chatouille les papilles, y a pas de production locale.
— De piment ?
— Oui.
— Je ne sais pas…
— Je note quand même que tu fais des exceptions.
— Tu penses à quoi ?
— Le latex !
— Tu sais que je ne veux pas prendre ces saloperies d’hormone et comme tu ne veux pas d’enfants…
— C’est surtout que t’aimes comment je te baise et que t’as pas l’intention de t’en priver.
— Je ne nie pas, même si…
— Même si quoi ?
— J’aime pas quand tu…
— Quand je quoi ?
— Bah tu vois !
— Bah non !
— C’est que…
— Si tu dis pas, je ne peux pas savoir. Remarque, t’as raison de ne rien dire. C’est inutile de protester. Quand je dis que ces céréales sont à gerber, tu m’en fais quand même.
— C’est bon pour ta santé !
— C’est ce que tu crois ! Si on mangeait un peu de viande, je banderais encore plus dur.
— Y a que ça qui t’intéresse, décidément !
— Quoi ?
— La bidoche ! Moi aussi je suis un bout de viande.
— Je peux te barder pour te sauter en cocotte ?
— Ne sois pas vulgaire !
— C’est pourtant bon pour la libido…
— La tienne ! Moi, j’aimerais bien un peu de tendresse, aussi.
— Prends un amant.
— Si c’est toi qui proposes…
— Une amante plutôt ; les femmes, c’est tendre.
— Tu sais ça d’où ?
— Tu ne m’as jamais baisé comme je te baise.
— Tu veux que j’essaie ?
— Rêve !
— Tu n’es qu’un macho.
— Cela n’a pas l’air de te déplaire. D’ailleurs, si tu pouvais te mettre à la vaisselle, ça m’excite tout ça.
— Tu n’as pas fini ton assiette.
— Je ne la finirai pas. C’est trop dégueulasse.
— Il me démange de dire la même chose à ton propos.
— On se demande qui est le plus vulgaire de nous deux. Allez ! On y va…
— Non, tu finis ton assiette. J’en ai marre de jeter de la nourriture.
— T’as qu’à acheter des trucs que j’aime.
— Fais les courses et la bouffe, tu seras content.
— Y a plus urgent pour que je sois content. Si tu veux pas pour la vaisselle, on peut changer un peu.
— Je t’ai dit…
— Tu m’as dit quoi ?
— Écoute, non…
— Mais c’est tout chaud par là.
— Arrête ! Je veux finir de manger si toi tu ne veux pas.
— Tu n’es pas à cinq minutes ; chaud ou froid, c’est fade pareil. Ta chatte, par contre, elle ne refroidit jamais.
— Raison de plus pour attendre !
— Tu sais ce qu’il se passe quand tu me fais attendre ?
— Oui, je sais.
— C’est ce que tu veux ?
— Oui, branle-toi et on n’en parle plus avant quelques heures.
— Et après, tu te plains que je ne suis pas « assez présent » ; c’est bien ce que tu dis à tes copines ?
— Oui, c’est ça. Ce que tu ne comprends pas, c’est que j’aime que ça dure un peu, te sucer jusqu’à ce que tu sois bien dur ; pendant ce temps, tu as la bonté de me caresser. C’est quand même plus sympa que de se faire baiser sans préliminaires.
— Tu disais le contraire y a cinq minutes.
— Tiens donc ?
— Tu as dit que tu aimes comment je te baise. Et moi, j’aime ne pas toujours entrer dans le détail. Tu ne peux pas avoir un mec viril capable de te sauter plusieurs fois par jour et réclamer de jouer à la Saint Valentin ; on manque de temps, là !
— Tu es décidément d’un sentimental…
— Exactement ! Je ne t’ai jamais cognée, jamais forcée !
— J’espère que tu n’y as jamais pensé !
— Des fois, je me dis qu’une petite fessée pourrait t’exciter mais tu ne m’en laisses jamais le temps. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas toi qui me baises à gober ma queue par tous les trous à la moindre érection.
— Pauvre chéri ! Tu penses que je te harcèle ?
— On n’en est pas loin ; surtout avec cette bouffe que tu me donnes.
— Tu le disais toi-même, avec une choucroute garnie, il faudrait qu’on garde une montbéliard pour faire illusion tellement tu serais sans énergie à la digestion.
— Une morteau.
— Tu te surestimes !
— C’est pas une raison pour me faire bouffer des trucs fadasses ?
— Tu as tout compris. Pas de viande. Pas de bière. Pas de tabac. Et tu peux faire figure d’étalon. J’espère aussi, qu’à force, ton corps élimine les toxines que tu as accumulées avec les ans. Il faut prendre soin de tes artères.
— Et si j’en ai pas envie…
— À toi de choisir ! C’est moi en mode végan dans la prospérité ou ton ex-pouffe en mode BBQ qui tue.
— Ne la traite pas ! C’est une fille bien.
— Pourquoi tu l’as quittée alors ? Pour venir te plaindre de moi ?
— Non, c’est pas ça… Tu sais bien.
— Je sais quoi ?
— Que t’as la meilleure chatte de l’univers !
— Elle se mérite !
— Je peux au moins réchauffer au micro-ondes ?
— Va. Réchauffe ! Y a pas que l’assiette qui en a besoin.
— Et après, on baise ?
— On verra…



Cy Jung, 8 mai 2020®.

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