LexCy(que)

Voire (accord du verbe)



Cy Jung LexCy(que) : Voire (accord du verbe)

Ma phrase [*] : Gageons que le Syndicat des dermatologues voire l’Assurance maladie entendent raison.

À l’occasion de sa relecture d’avant publication, Isabelle me fait cette remarque : « Je croyais que voire se met toujours en apposition. Si ce n’est pas le cas, qu’en est-il de l’accord du sujet  ? » Dans sa grammaire, Antidote met en effet la proposition introduite par « voire » (conjonction de coordination) en apposition. Son exemple ne dit rien de l’accord du sujet mais, même sans virgules, le correcteur le propose au singulier.
Je corrige donc ma phrase qui devient « Gageons que le Syndicat des dermatologues, voire l’Assurance maladie, entende* raison. » et range la question dans les sujets de LexCy(que) à traiter. M’y voilà.

J’avoue que le pluriel me plaisait bien ce d’autant que « voire » signifie « et même » (c’est d’ailleurs pourquoi l’on considère « voire même » comme un pléonasme). Il me semble donc que le sujet réel de mon verbe est conjointement le Syndicat des dermatologues et l’Assurance maladie. Je fais quelques recherches sur le Net. Sans succès.
Je m’en vais voir le Grevisse [§441] qui énonce la règle générale en matière d’accord quand « Les donneurs sont multiples ». Il dit d’emblée « Lorsque le donneur d’accord est constitué d’éléments coordonnés, la règle générale est d’accorder avec l’ensemble des donneurs, c’est-à-dire que le receveur se met au pluriel même si chacun des éléments coordonnés est au singulier. » Il s’en va ensuite explorer « et », « ou », « ni », « mais », « voire »… avec cet exemple sans autre commentaire « Un prêtre, voire un simple laïc, peuvent accomplir cette tâche. » !Rousseau) Tiens donc ? Si Rousseau lui-même…
Je continue en regardant le [§448 a) 2°] auquel l’exemple renvoie. Il est question, pour invoquer le singulier, de mots synonymes (quand on donne une précision), de gradation où « Un des termes coordonnés prédomine. » (le dernier en général), et d’autres configurations encore, toutes plus passionnantes les unes que les autres. J’en retiens, comme souvent, que le sens donne l’accord même si certains usages prédominent.
Pour ce qui est de « voire », son cas est évoqué au même titre que « même » dans l’idée de gradation. Ainsi, dans ma phrase, si je considère que soit le Syndicat des dermatologues soit l’Assurance maladie l’emporte (singulier) sur l’autre, alors le singulier l’emporte. Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. En utilisant « voire », j’ai voulu ajouter un acteur (l’Assurance maladie) à celui visé par mon article (le Syndicat des dermatologues) les mettant, pour le coup, à égalité de responsabilité.

J’en conclus donc que mon pluriel se justifiait, même si le singulier n’est pas faux. Et je remets ma phrase comme à l’origine, mais avec le verbe au futur : Gageons que le Syndicat des dermatologues, voire l’Assurance maladie, entendront raison.

* Je remarque à l’occasion de cet article que le subjonctif est fautif avec « gager ».


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[*Phrase extraite de « Biodiversité @19 », La vie en Hétéronomie, 24 mai 2019.


Information publiée le samedi 22 février 2020.

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