La biographie de Cy Jung

Radio — « Handicaps, Genres, Sexualités et Orientations sexuelles »



Cy Jung — Radio — « Handicaps, Genres, Sexualités et Orientations sexuelles (...)

27 juin 2019, 19 heures — Web-Radio Galaxxy.

Cette émission radio a été organisée à l’initiative de la mairie du 14e dans le cadre du Mois parisien du handicap et de la quinzaine des Fiertés de l’Inter-LGBT. Avec Maxence Lebret, de Handi-Queer, Olivier Manceron, de Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir et Cy Jung. L’échange est animé par Mahaut Lou, journaliste, et Jean-Jacques Berthieu pour Radio Galaxxy.

Mahaut — Être albinos, qu’est-ce que c’est ?
Cy Jung — Informations sur l’albinisme. Références à Tu vois ce que je veux dire, vivre avec un handicap visuel (L’Harmattan, 2001).
Mahaut — Un écrivain parle-t-il à travers ses personnages ?
Cy Jung — Once upon a poulette, roman lesbienCy — Comment un écrivain travaille. Retour sur son parcours : L’homme à la crotte gelée (1992) puis Once upon a poulette, roman lesbien (1998) pour écrire le désir lesbien, celui qu’elle avait envie de lire. Et ainsi va son écriture… Sur le handicap, le sien est inscrit dans son écriture même mais elle multiplie les personnages handicapés tant elle se radicalise sur ce sujet, comme tant d’autres. La technologie pourrait facilité la vie des personnes handicapées mais personne ne fait aucun effort. « Le mépris que je ne ressentais pas quand j’avais 20 ans, j’en ai 56, me devient insupportable. »
Mahaut — Comment décrit-on un monde quand on est aveugle et que l’on ne voit pas le monde autour de nous ?
Cy — « Je vous invite à me lire et vous verrez qu’il n’y a aucune description du monde dans mes livres. Mes livres ne décrivent pas le monde, mes livres ressentent le monde. » Cy Jung reprend alors la démonstration faite en 2002 dans sa conférence à la faculté de Lettres de Cluj (Roumanie) sur la manière de construire une phrase pour ressentir le désir (et le plaisir) et non le décrire. « Le monde visible a un mode de description visible mais il existe aussi un mode de description invisible qui aboutit au même résultat. » Cela se travaille, entre clichés, représentations et recomposition de la phrase.
Mahaut — Quelle est la place du handicap dans la vie amoureuse et sexuelle ? Comment rencontre-t-on les gens ? Est-on d’emblée discriminé ?
Cy — « Je parle uniquement de mon handicap visuel. C’est vrai que si je vais dans un bar et qu’une fille me fait les yeux doux, elle peut toujours s’accrocher ! (…) Je vais plutôt dans des bars de filles où je suis reconnue comme écrivaine. Et c’est là-dessus que l’on va s’adresser à moi. Je me sers donc de mon métier pour accéder aux gens. Si je vais dans un lieu où l’on ne me connaît pas, je ne rencontre personne. » (…) « Quand on est avec quelqu’un, il y a des questions qui se posent, assez essentielles : tu me trouves belle ? (…) comment tu peux me trouver belle si tu ne me vois pas ? Il y a des filles avec lesquelles ça ne passe pas ; certaines de mes partenaires n’ont pas supporté l’idée que je ne puisse pas les voir dans leur schéma visuel. » Petite explication de ce que signifie « voir », en mode visuel et non visuel.
Mahaut — Est-ce qu’il y a une question que je ne vous ai pas posée qui vous semblerait indispensable ?
Cy — « Pourquoi j’aime le 14e. »
Petite digression musicale avec Jean-Jacques.

MahautOlivier Manceron, est-ce que le militantisme à un genre ? Pourquoi vous engager dans une association pour les droits des femmes ?
Cy JUng — Olivier mancron, paroles d'hommesOlivier Manceron — Hommage à Maudy Piot, créatrice de femmes pour le dire, femmes pour agir. Psychanalyste, elle a pris la mesure des violences, notamment sexuelles, dont sont victimes les femmes handicapées. En tant que qu’ancien médecin, Olivier Manceron explique combien il a le sentiment d’être passé à côté des souffrances liées à la violence. FDFA donne la parole aux femmes handicapées, tous handicaps confondus. « Tous les handicaps se confondant, ils se diluent, comme dans la fable du paralytique et de l’aveugle. »
Mahaut — Et cela n’est possible qu’entre personnes handicapées ? N’est-ce pas possible avec des valides ?
Olivier — Qu’est-ce qu’être valide ? Qu’est-ce que chacun a dans la tête quand il dit qu’il est valide ? « Ce sont les personnes valides qui sont considérées comme positives, efficaces, dans une société qui leur demande des choses précises, d’être homme, d’être femme, d’être homme puissant, prédateur dangereux (…) et pour les femmes, fertiles, soyez de bons utérus mesdames (…). Ces discours du fertilisateurs sont le discours du validisme qui fait des femmes des objets du sexisme. » Olivier Manceron espère que l’on puisse sortir de cette société sexiste et patriarcale donc validiste qui donne des rôles aux gens, une société où « les femmes handicapées sont décorporées ».
Mahaut — Quel est le cadre légal pour un médecin pour agir face à une patiente victime de violences ?
Cy Jung — Ecoute violences femmes handicapée FDFAOlivier — Reconnaître le génocide. Donner la parole. Écouter. Aider chaque femme dans le parcours qu’elle va avoir à faire. Il faut combattre le silence.
Mahaut — Avec un numéro d’appel ?
Olivier — Le 01 40 47 06 06, écoute violences femmes handicapées. Actualités de l’association : inauguration du square Maudy Piot dans le 14e.

Pause musicale : Jeanne Cherhal — Noxolo


Olivier Manceron — Présentation de l’Hymne des femmes.
Cy — Deux précisions politiques. Ce chant est chanté tous les 6 décembre lors de la commémoration du massacre masculiniste de Polytechnique de Montréal, commémoration à l’initiative de Florence Montreynaud. Ce chant a été chanté dans une tribune de la Coupe du monde de foot féminin. Un grand moment.


Mahaut — Qui est Florence Montreynaud ?
Olivier — Rappel des actions de Florence Montreynaud et de son parcours avec elle.
Cy — « C’est quelqu’un d’essentiel à mon féminisme. » Retour sur ce que Florence Montreynaud lui a apporté.

Mahaut — Bonjour, Maxence Lebret. Tu représentes Handiqueer. Comment définis-tu le validisme ?
Maxence Lebret — « Le validisme, c’est un système dans lequel le fait d’être valide est considéré comme la norme. Et le fait d’être une personne en situation de handicap est considéré comme quelque chose de mal et qu’il faut éradiquer. Le handicap est une situation dans laquelle on est mis à l’écart par la société. »
Mahaut — Tu es créateur d’Handiqueer, quelles sont ses missions ?
Maxence — Historique de l’association. « Les associations LGBT sont plus LGB que T, et ne sont plus actives. » Les missions : « Sortir les personnes de l’isolement en rendant les événements accessibles (…) par la sensibilisation des associations LGBT. »
Mahaut — Il s’agit donc plus de socialisation que de dénoncer les discriminations ?
Maxence — « On joue sur les deux tableaux. »
Mahaut — Comment faire pour rendre les soirées accessibles ?
Maxence — En sensibilisant les organisateurs aux questions du handicap. « Il ne s’agit pas de créer une charte de bons comportements. Il y a énormément de types de handicaps. Il faut se fier à ce que les personnes handicapées disent et demandent, et être bienveillant. »
Mahaut — Lors des Out d’or, Elisa Rojas, a profité de son temps de parole pour parler de Handiqueer.
Maxence — Historique de la rencontre entre Handiqueer et Elisa Rojas. « Il y a beaucoup d’oppressions au sein de la communauté LGBT, de racisme, de sexiste, de transphobie et de, grossophobie, de validisme aussi. Il est essentiel de sensibiliser toute la communauté. »
Mahaut — Demain, c’est la Gay pride. Vous avez un char qui sera accessible ?
Maxence — « Cette année, ce sont les cinquante ans de Stonewall, cinquante ans de marche des Fiertés LGBT et non la Gay Pride, car l’initiative en revient notamment Marsha P. Johnson à une femme trans racisée et il faut visibiliser toutes les personnes LGBT. » Présentation du char mis en place avec l’Inter-LGBT.
Jean-Jacques — Il y aura de la musique ?
Maxence — « Non, il n’y aura pas de musique sur le char car il y a beaucoup de personnes qui sont hypersensibles au brut. »
Mahaut — Le mot d’ordre est la PMA pour toutes. Est-ce un sujet pour les personnes handicapées.
Maxence — « Oui, car elles sont exclues de la parentalité. » Évocation des stérilisations forcées de femmes handicapées notamment.
Échange entre Mahaut, Maxence, Olivier et Jean-Jacques sur ce sujet difficile.

Pause musicale. Grand Corps Malade & Anna Kova, Espoir adapté


Mahaut — On a eu un problème au début de l’émission et je voudrais redonner la parole à Cy Jung…
Cy — « Avant, je souhaiterais rebondir sur ce que vient de dire Maxence sur la place des personnes handicapées (dire en situation de handicap ne dit pas la même chose) dans la communauté LGBT, plus G que L et BT : dans la communauté G, le culte du corps est fondamental (…) et la première chose que l’on va regarder quand vous entrez par exemple au Centre LGBT c’est votre corps, ce n’est pas un homme qui entre, c’est un truc à roulettes. (…) Quand le handicap se voit, chez les garçons, il y a une véritable exclusion du corps malade. Chez les femmes, c’est différent, tout le monde se précipite ; le plus difficile est alors de garder sa liberté et son autonomie. (…) Ce qui est paradoxal c’est que cette communauté qui se targue de lutter contre le sida ne s’est jamais véritablement occupée de ces personnes malades du sida quand elles sont vraiment malades avec des effets très invalidants. » Quid également de l’accessibilité numérique ? sur laquelle vous trouverez un article de Cy Jung ici. Petit récit de ce qu’il se passe quand une personne handicapée va en boîte. Retour sur la communication de la mairie du 14e.

Nouvelle pause musicale. Fatoumata Diawara — Clandestin


Jean-Jacques — Pourquoi ce choix, Cy ?
Cy — Récit de sa visite de Gorée à 12 ans, et de Petit Canal à 50. Prise de position sur la colonisation et l’esclavage, les réfugiés et la richesse de l’Occident bâtie sur l’exploitation du Sud. « Pour changer le monde, il faut changer sa façon d’être au monde, en premier notre propre production de violence. » Famille, lieu de violence, cellule de base du capitalisme.
Olivier — « La famille, c’est là où les femmes meurent ; mais c’est aussi là où les enfants meurent. »
Jean-Jacques — Les bruits alentour sont des familles qui emménagent dans ce centre d’accueil au 50 boulevard Jourdan géré par Emmaüs solidarité. Merci à tous.
Cy — « J’avais promis à Carine Petit, maire du 14e, de dire clitoris sur les ondes comme je l’avais fait sur France 5. Voilà, c’est fait, clitoris. » Voir le site d’Odile Fillod sur le clitoris.
Olivier — « Les hommes non plus ne connaissent pas leur corps. Ils connaissent leurs désirs, ils le formatent sur des pulsions prédatrices, ils ne savent pas jouir de l’amour. » Le coït, le viol, la puissance. Quid de la jouissance ?
Jean-Jacques — Comment expliques-tu la jouissance ?
Olivier — « La bite c’est la mèche. La jouissance, c’est le fût de poudre. (…) Cette fabrication de l’homme normal valide détruit ce que nous les hommes, lesw bons hommes, avons de plus précieux de notre humanité, ce partage du désir, ce partage du plaisir et ensuite de ces longues saisons de la satiété. »
Cy — Renvoi littéraire à Jean Genet.
Premiers au revoir.

Nina Simone — I wish I knew how it would feel to be free


Derniers au revoir et mercis. Cy et Olivier chantent a capella Mouloudji, Comme un p’tit coquelicot.


Voici l’intégralité des titres proposés par Cy Jung, en écoute sur Deezer et en liste sous le lecteur.


Jeanne Cherhal — Noxolo
Salif Keita et Césaria Évora — Yamore
Jeanne Moreau — Le condamné à mort (Genet) Dédicace 2
Fatoumata Diawara — Clandestin
Olivia Ruiz — Plus j’aime, plus je pique
Nina Simone — I Wish I Knew How It Would Feel To Be Free
Marc Lavoine & Souad Massi - Paris
Sylviane Cedia — C’est nous les femmes

Information publiée le mardi 29 octobre 2019.

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