LexCy(que)

Après que / Avant que



Cy Jung — LexCy(que) : Après que / Avant que

Ma question (ou plus exactement celle de Sarah : « Après que », indicatif ou subjonctif ?

La réponse est bien sûr dans toutes les grammaires mais Sarah n’a pas d’ordiphone et il est tellement plus agréable de poser la question à une amie plutôt qu’à un navigateur ! C’est l’occasion de quelques échanges agréables par texto. Ne nous privons pas de ces moments-là.
Je me tourne vers Antidote qui indique : « La conjonction demande l’indicatif, incluant le conditionnel (…). Le mode subjonctif est également accepté, mais il est critiqué par certains grammairiens. » Oh ! j’aime bien ça, les usages « critiqués » ; je vais pouvoir disserter un peu.

Je commence par chercher des exemples dans mes textes afin de voir ce que j’ai fait. Je peine un peu, c’est, semble-t-il, une construction que j’utilise peu. Je trouve trois exemples sur trois décennies, 1999, 2007, 2017. Ma jurisprudence semble constante, j’utilise l’indicatif.

Cy Jung — Hétéro par-ci, homo par le rat« L’hypothèse de l’existence d’un caractère génétique, longtemps privilégiée, fut définitivement écartée après que l’on eut identifié l’intégralité du génotype humain. » (Hétéro par-ci, homo par le rat, 1999)
Cy Jung — Diadème rose — Broché« Son Bilou n’avait visiblement pas la réponse mais il fut ravi, après qu’elle eut rangé les fruits dans le compotier, de récupérer le filet vide afin de le transformer en jouet. » (Diadème rose, 2007)
Cy Jung — Quartier rose« — Écoute, ma belle, conclut cette dernière après que Marie lui avait fait le récit des événements. » (Quartier rose, 2017).

Il est temps que je me tourne vers Grevisse qui dans [§1137 a) 1°] « Le mode et le temps du verbe » me parle d’emblée de choses que je peine toujours à cerner : le mode est l’indicatif quand « Quand il y a postériorité ou simultanéité ». D’accord, mais dans une phrase type « Après que je suis allée courir, j’ai pris une douche. », la douche est postérieure au fait de courir, et inversement. Tout est si relatif. Je comprends dans [§1136] que c’est le verbe de la proposition principale qui fixe l’instant t, et l’antériorité ou la simultanéité est dans l’action de la proposition. Je suis bien allée courir avant de prendre une douche. Je suis donc dans ce cas de l’antériorité, donc de l’indicatif.
Ce [§1137 a) 1°] précise d’ailleurs « En particulier, après que est, traditionnellement, suivi de l’indic. » La règle est donc posée ; mais l’usage vient le démentir : « Malgré la règle donnée ci-dessus, on observe une tendance, surtout forte depuis le deuxième tiers du xx e s., à faire suivre après que du subjonctif. » La discussion qui suit est particulièrement intéressante, ce d’autant que Grevisse parle de « tendance irrésistible » ; et c’est vrai que le subjonctif est toujours tentant.

Parmi les explications données, je retiens principalement l’idée de « l’analogie avec les conjonctions entraînant le subjonctif, spécialement avec l’antonyme avant que, car la tendance menace après que beaucoup plus que les autres conjonctions exprimant la postériorité. », ce d’autant que je voulais rappeler que « avant que », lui, implique le subjonctif, car il y a antériorité [§1137 b)].
Ce paragraphe sur le temps du verbe est très riche, je me contente aujourd’hui de ces généralisés sur « après que » et « avant que » dans l’espoir de fixer les notions de postériorité et antériorité entre l’action de la proposition principale et celle de la proposition. Si déjà je retiens cela, j’ai gagné ma journée !

Information publiée le samedi 21 septembre 2019.

Version imprimable de cet article Version imprimable



Article précédent / Article suivant
Retour à tous les articles



Les vingt derniers articles publiés sur le site de Cy Jung sont ici





Si vous êtes éditeur,
découvrez les manuscrits de Cy Jung
ici.