[e-criture]

[#79] L’anesthésiste qui va convulser (V-01)



Cy Jung — [#79] L'anesthésiste qui va convulser (V-01)

[Le prétexte] J’accompagne une amie à une consultation d’anesthésiste. Une médecin sort de son box, téléphone à l’oreille.
— Non ? Y a pas d’imprimante ? Ne me dis pas ça ! Je vais convulser !


Petit rappel liminaire

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.



[La nouvelle]
Louisette regarde fixement son écran. Son sujet est là, à peine rédigé. Il y a un titre, trois lignes qui racontent une histoire, et une idée. Cela est-il suffisant pour écrire un récit de douze mille signes, le format qu’elle s’est imposé ? On n’a besoin que de mots pour écrire, des mots qui font des phrases et ainsi vont les paragraphes, et les chapitres, et les nouvelles… Il baste de s’accrocher à l’un, d’imbriquer l’autre en appliquant la règle de grammaire « sujet verbe complément », la phrase est là, virgule, ou point ; et vient le complément. Ensuite, on peut se départir de la règle, mais toujours, les mots y sont pour s’appeler les uns les autres quand l’auteur peine. Louisette sait faire ; c’est son métier, écrire. Elle ne voudrait juste pas passer à côté de son sujet : le manque et sa futilité.
Spontanément, elle pense à ce paquet de café d’avance dans le placard. Cela remonte à son jeune temps, quand elle fumait encore. Il lui semblait impossible de poser un pied hors de son lit sans foncer sur la cafetière tout en allumant une clope, la première de la journée, celle qui fait tourner la tête, pique la gorge et que le café emporte. Elle ne fume plus. Elle fait du sport. Et le café, elle le boit après sa séance du matin et une douche. Cela pourrait quand même faire un bon support, en version nostalgie ; avec le fond sépia de son écran, ce serait parfait. Louisette rigole. Mais qui sait pour le fond sépia ? Et pour les mots qui s’appellent les uns les autres comme si ses doigts n’étaient que l’instrument de quelque chose qui se joue ailleurs ?
Où ? Louisette n’a pas la réponse à cette question. Elle préfère d’ailleurs ne pas trop se demander d’où vient le souffle ; elle aime surfer sur le courant d’air, observer les mots qui déboulent, les phrases qui se forment, l’histoire qui se construit en acceptant d’en être le maître d’œuvre même si elle ne contrôle pas tout. Cela peut sembler paradoxal. Cela ne l’est pas si l’on accepte l’idée que disposer d’un savoir-faire, de techniques, permettent au texte d’avancer avec la certitude que là où il va, ce sera là où il doit aller. Cela n’empêche pas de le retravailler ; bien au contraire ! Cette conviction efface la peur, autorise le temps qui est nécessaire, laisse l’histoire se nourrir de ce que les mots eux-mêmes proposent, donne liberté au texte qui se forme au-delà de l’intention.
Justement, l’intention. Louisette espère évoquer le manque dans cet espace que créent les circonstances entre ce qui nous apparaît indispensable et est au final dérisoire. Qui peut en juger, de l’un et de l’autre ? Louisette, seule au clavier. Tel est le pouvoir de l’écrivain, manier le texte de façon à induire des jugements de valeur pour les soutenir ou les condamner ; au lecteur de faire la différence, ou pas. Si elle raconte cette histoire de paquet de café, par exemple, elle peut adopter plusieurs angles, celui de l’époque où cela s’est produit ; le café sera érigé en élément indispensable ; si elle prend le point de vue d’aujourd’hui, elle ne pourra que s’en moquer. Elle peut aussi jouer l’intermédiaire, ne pas trancher. Mais Louisette aimerait trouver plus essentiel que le paquet de café, non qu’il ne soit pas essentiel, mais… Passons.
Le manque. Elle veut éviter la sphère de l’alimentation. C’est trop convenu ; tant que l’on ne meurt pas de faim, tout manque sera dérisoire à l’épreuve de l’écriture. Le clavier a fourché et tapé « tant que l’on ne peur pas de faim » ; Louisette rigole ; c’est vrai que c’est angoissant comme perspective. C’est sans doute la raison pour laquelle la thématique alimentaire s’impose alors qu’elle n’en veut pas. Voilà une question de réglée. Elle peut s’en dégager et passer à la suite. Elle se gratte la tête, met un doigt dans son nez. Elle éternue ; elle a cuisiné tout à l’heure un ragoût de navets avec ce qu’elle croyait être un poivron orange et qui s’est révélé un piment fort. En dépit de cinq ou six lavages de mains, ses phalangettes piquent encore.
Stop ! On arrête la nourriture. Quoi que ; le piment ; ce doigt dans son nez qui la fait éternuer ; cette idée que l’aliment paraît toujours essentiel à partir du moment où il manque. Louisette jubile : le sujet est l’amour bien sûr ! Ou le désir. Oui, le désir plutôt que l’amour tant le premier peut se passer du second, l’inverse non. Qu’en sait-elle ? Elle est écrivaine, ne l’oublions pas, et le désir reste son essence. Nouvelle faute de frappe. Le clavier a tapé « le désir teste son essence » ; elle corrige mais rit encore. Tout est dit. Si le désir n’est pas dans l’écriture, celle-ci n’est pas. Serait-elle plus exigeante que l’amour ? Louisette en est convaincue.
Le désir donc. C’est l’histoire d’un désir. C’est plus difficile à raconter que l’histoire d’un paquet de café. On parle bien sûr d’un désir autre que celui de boire un café qui relève de l’envie, celui dont parlait Marguerite Duras lorsqu’elle disait « Quand les femmes n’écrivent pas dans le lieu du désir, elles n’écrivent pas, elles sont dans le plagiat. » Louisette est toujours dans le désir. Elle le sait. L’écriture est la seule chose (avec peut-être le sport ; c’est une autre question) qui la porte au creux de sa chair, comme si les mots étaient de multiples vaisseaux qu’elle assemble pour qu’ils fassent respirer le corps. Ce n’est peut-être pas très clair tout ça. Faut-il écrire pour l’éprouver ? Le dire ne sert à rien. Elle doit revenir à l’histoire. Elle seule autorise le partage.
Un filet d’air frais effleure son avant-bras. Louisette pense à la main de Joséphine. La main de Joséphine. La main. Joséphine. On peut défaire les phrases aussi ; c’est d’ailleurs assez pratique pour en souligner la substance. La main ou Joséphine ? Louisette aime les facéties du texte. Ses doigts se portent en crochet jusqu’à sa clavicule. Ils massent les pectoraux puis remontent vers le trapèze plus endolori que d’ordinaire. Peut-être est-ce parce qu’elle est restée trop longtemps accoudée la nuit dernière. C’est si loin déjà ! Mais la douleur persiste là où le corps peine à se remémorer le désir quand il est privé de son objet. Elle cale son dos, gaine un peu, pose les doigts sur le clavier, regarde à peine le texte qui se forme à l’écran ; elle ne tend pas l’oreille vers la musique mais la laisse imprégner la pulpe afin que les mots jaillissent et disent ce qu’elle éprouve.
L’instant le plus compliqué (ce mot-là a eu du mal à venir et ce n’est pas le bon) a été quand Louisette est descendue du tram. Elle savait Joséphine sur le quai. À droite ? À Gauche ? Elle l’ignorait et il lui était impossible de la reconnaître. Quelle chose étrange que d’être observée sans pouvoir rendre la pareille ! Et si, au dernier moment, Joséphine était partie, renonçant à la concupiscence annoncée parce qu’en posant le pied sur le quai Louisette n’aurait pas eu la posture promise. Avant que les portes ne s’ouvrissent, elle avait remisé son téléphone, ajusté les sangles du sac à dos, élargi les épaules et descendu ses solaires sur ses yeux. C’est utile les verres numéro 4, au-delà du confort qu’ils procurent ; cela met à égalité de perception du regard.
Elle avait choisi de se placer tout en tête de rame, sachant que la sortie était en queue. Elle s’était postée dans l’axe de la porte permettant à Joséphine de la voir si elle la guettait, était sortie tranquillement, empruntant le quai sur sa droite, tête haute, ventre gargouillant, jambes flageolantes et sourire aux lèvres. Une femme s’était levée du banc haut et était venue à sa rencontre ; la probabilité de se tromper était faible. Louisette avait agrandi son sourire, la femme ouvert le bras avant que sa main ne se posât sur son épaule.
— Bonjour Louisette. C’est Joséphine. Cela me fait plaisir que tu sois venue.
Les cinq jours qui s’étaient écoulés depuis le cours-de-judo-apéro-dînatoire chez Eunice n’étaient rien par rapport à la tension à l’œuvre sur ce quai de tram. Louisette sentait la main de Joséphine, à la fois ferme et tendre. Elle ignorait que faire. Elle avait envie de l’embrasser. Dans un geste improbable, elle avait retiré ses lunettes et avait posé un baiser par joue en visant le coin des lèvres. Au ressenti, elle savait avoir visé juste.
— Bonjour. Moi aussi.
Joséphine lui avait semblé surprise mais elle n’en aurait pas juré. Elle lui avait pris la main.
— Viens, le jardin est tout prêt. Il y a des sous-bois où nous serons bien à l’ombre.
Comment dire le désir en cet instant ? Il y a les adjectifs et les adverbes. Louisette n’en veut pas. Il y a les verbes qui articulent les phrases. Louisette préfère. Ils sont l’action. Écrire le désir en action, elle ne sait rien d’autre pour que chacun l’éprouve. Pas le décrire. Le faire agir. C’est cela l’écriture, elle en est convaincue. Elle se lève le temps de se servir une tasse de thé. Le clavier l’aspire. Le parc est blindé. Sûre d’elle, Joséphine l’entraîne dans un chemin à demi dissimulé derrière une haie.
— Attention, ça glisse un peu. Passe derrière moi.
Elle lui lâche la main. Le vide est trop grand ; Louisette attrape son épaule comme le font certains aveugles même si elle n’en a pas vraiment besoin. La sangle du sac à dos fait obstacle à un contact plus charnel. Cela lui permet de se concentrer sur les cinquante mètres en terrain difficile avant qu’elles ne débouchent sur une petite clairière en mi-ombre avec vue plongeante sur le bas du parc.
Joséphine s’arrête. Louisette retire sa main. L’installation ressemble à un jeu d’aimants dont les pôles inversés empêchent tout assemblage. À aucun moment, elles ne se font face dans l’étalage du plaid et des coussins gonflables, le dressage du couvert et la présentation des mets que chacune a apportés. Enfin, elles sont assises de part et d’autre de leur dîner. Un drôle de silence éclot. On entend le chant de quelques oiseaux, le cri des enfants au loin, un chien qui aboie, un second, des promeneurs bavardent sur le chemin d’en haut. Comment revenir l’une à l’autre ? Louisette manque d’air. Elle a soif. Elle attrape la bouteille d’eau pétillante encore enchâssée dans le fourreau à extérieur de son sac.
— Elle est encore fraîche. Tu en veux ?
— Oui, merci. Je…
Louisette les sert dans des verres réutilisables. En prenant le sien, Joséphine caresse son doigt. Louisette se sent rougir. Entre ses cuisses, son sexe est liquide. Il faut s’hydrater ! Elle boit d’un coup et s’en ressert un autre. Joséphine l’observe.
— Tu avais soif…
— Si tu savais !
Joséphine éclate de rire. Louisette l’imite. Un peu d’eau jaillit de leur verre. Elles trinquent. Le silence revient. Louisette cherche un moyen de le rompre. Le mode visuel l’exclut. Joséphine en a-t-elle conscience ?
— Je suis désolée, Louisette, tu m’intimides un peu…
— Je t’intimide ?
— C’est compliqué d’aborder quelqu’un sans le regard.
Louisette fait la lippe. Joséphine se déplace au sol comme seuls les judokas savent faire et se retrouve assise tête-bêche à ses côtés. Elle saisit de nouveau sa main.
— Attends, avant de te fâcher. Je sais que c’est plus compliqué pour toi que pour moi ; je voulais juste te dire pourquoi je peine à t’aider à rompre le silence. Je suis plus bavarde que cela d’ordinaire. Tu veux bien m’accorder un peu d’indulgence ? Je te promets de ne pas m’arrêter à mes craintes ?
Louisette doit convenir que déjà, elle est venue à elle. Elle serre fort la main dans la sienne, tire Joséphine vers elle. Sa tête se pose sur son épaule. Louisette referme son bras libre autour de sa nuque. Une corneille passe en graillant.
— Croâ, croâ, tac. Tac ! Croâ. Tac.
Forcément que la soirée sera bonne Corneille. Forcément.



Cy Jung, 3 septembre 2019®.

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