Appendices

Jouets sexuels improvisés



Cy Jung — Jouets sexuels improvisés

Cy Jung travaille depuis la rentrée 2018 à l’écriture d’un roman qui ferait écho à Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train publié en 2005 aux éditions gaies et lesbiennes. Quinze ans se sont écoulés… et le désir, coule-t-il encore ?
Ce texte, dont le titre provisoire est Plus tard, vient ainsi invoquer le désir, avec d’autant plus de force que le titre original de Mathilde… était « Ce n’est pas ça » ; titre moins commercial, à coup sûr ; mais tellement plus juste, et ouvrant à d’autres écritures, puisque ce n’était pas ça.

Plus tard va bon train (un train à vapeur, bien sûr ; l’écriture autant que le désir n’aiment pas la trop grande vitesse) mais il arrive parfois qu’il achoppe sur un détail. C’est ainsi que Cy Jung a sollicité les internautes qui la suivent sur Facebook et Twitter avec cette question :

« Bonjour,
« Parfois l’écriture du désir sèche sur un détail… Je cherche un objet que l’on a dans ses bagages quand on part en déplacement pour une nuit ou deux et qui peut servir de jouet sexuel. Vous avez des idées ? (Pas de trucs gores.)
« Réponses en MP si vous préférez rester discret.

« Merci de votre aide.
« Très bonne journée à toutes et tous et hen ! »

Voici les quelques réponses qui lui ont été adressées sur Facebook (Twitter est resté silencieux ; il est vrai que ce réseau privilégie les querelles sans aucune allusion à Brest). Elles sont retranscrites avec les échanges qui s’en sont ensuivis.

C. — Brosse à dents OralB + Un gant latex (pour y mettre la tête de la brosse vaseline éventuellement pour compléter.
Il existe un embout spécial mais ma recette fonctionne très bien. La brosse à dents est l’avenir de l’orgasme.
Cy Jung — Merci ;-) J’aurais dû y penser, c’est dans Camellia rose… Ceci dit, éviter la vaseline ! Cela rend le latex poreux.
C. — Ah oui ? Avec un gant jetable ce n’est peut-être pas bien grave et puis il y a cinq doigts !
Cy Jung — Si la brossette ne sert qu’une fois, pourquoi pas mais en cas d’échange, la prudence veut que l’on change de doigt du gant certes mais aussi que l’on utilise du gel à bas d’eau. Ou rincer la brossette.
C’est quoi le truc pour que ça ne gratouille pas trop ?
C. — Et bien justement glisser la brosse dans un doigt du gant.
Et ne pas trop appuyer.
Cy Jung — Merci encore ! Je testerai. Dans Camellia rose, le montage était plus sophistiqué.
L. — Coucou Cy, une plume douce ou une petite peluche.
S. — Un fer à lisser ou un fer à friser... débranché bien sûr !
Cy Jung — Vous avez vu ma coupe de cheveux ? Cela dit, emporter un fer à friser pour une nuit de voyage me fascine.
R. — Écharpe en soie.
Cy Jung — Et vous en faites quoi ?
R. — Coiffure, menottes, cache-sexe la liste est longue.
Cy Jung— Je pensais plus à un jouet.
R. — Actif ou passif.… ne serait-ce pas une limite qui prendrait déjà naissance ? Tout comme les jouets finalement, saurons-nous comme les enfants en détourner la fonction ?
Cy Jung — Bien sûr. Je garde le foulard pour la scène suivante.
A. — Un déodorant...
Cy Jung — Merci ! J’y avais pensé mais mes héroïnes du moment ne vont pas apprécier le diamètre. Le stick lèvre est plus petit… Trop petit ? Je réfléchis à un intermédiaire.
A. — Les deobilles sont plus petits. Les déo Pierre d’alun pour les écolos aussi… Stick à lèvres sont vraiment petits…
Cy Jung — Et ça, vous en pensez quoi ? J’ai trouvé chez Monop en regardant les Déo (un peu costauds, tout de même). La forme, la longueur, tout y est… Reste à savoir pourquoi mon héroïne a ça dans son sac de voyage ! Continuez à me donner des idées, je prépare un article pour la rubrique "Appendice" de mon site. Vos idées en valent la peine ! Merci encore.
C. — Et comment empêcher le bouchon de s’échapper ?
Cy Jung — Un préservatif ? (c’est de toute façon bien d’en mettre un)
A. — Quitte à devoir expliquer la présence de gel lubrifiant dans son sac, pourquoi ne pas y aller franchement avec un sextoy ? Après tout, ton héroïne peut avoir envie d’apprécier les plaisirs solitaires en toute circonstance non ?
Cy Jung — En effet. Je ne la ressentais pas ainsi. Je n’imagine pas celle qui me l’inspire un jouet sexuel dans son sac. Mais il est vrai que je ne l’imagine pas non plus dans les postures où mon texte la place. J’aimais bien l’idée d’un truc impromptu, comme la bouteille de shampoing de Once upon a poulette (qui a vraiment existé). Et mon premier jouet a été improvisé. J’en garde un souvenir impérissable ! C’était un briquet. Depuis, j’ai arrêté de fumer. Misère !

C’est donc le tube gel de à la forme si évocatrice qui a retenu l’attention de Cy Jung. Cela aurait pu être une sucette, une barre chocolatée, un briquet ou une brosse à dents électrique revisitée… L’Intérêt d’avoir une liste, quand on écrit un texte de fiction, c’est de pouvoir choisir ce qui colle au contexte, aux personnages, à l’histoire. Cela ne vaut pas que pour les jouets sexuels, bien sûr ! Mais il est vrai qu’il y a si peu de textes (ou d’images) qui représentent le désir et le plaisir lesbien, celui écrit pas des femmes pour les femmes (ce qui exclut le porno hétéronormé) qu’il est particulièrement utile de se constituer une « base de données » dans laquelle on vient piocher au fil de l’écriture.
Si vous avez des idées, n’hésitez pas à écrire à Cy Jung (ici) pour compléter cet article.

Cet article ne serait rien sans le long extrait du texte (à l’état de manuscrit en cours de travail) qui réclamait ce jouet. Le voici donc.
Bonne lecture !

Petit rappel liminaire
Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.

Un réveil indique qu’il est passé 23 heures, bientôt l’heure du crime. Laquelle de nous deux va le commettre ? Elle se lève. Je la suis. C’est mon tour de pipi. Quand je sors de la salle de bains, elle est toujours debout, nue, penchée sur son sac. C’est tentant. Je m’approche. Quand ma main se pose sur sa hanche, elle frémit.
— Pardon de t’avoir fait peur.
Elle se retourne. Elle tient quelque chose. Je ne sais pas quoi. Elle le jette sur le lit. Elle me sourit.
— Tu ne me fais pas peur…
Ses doigts se posent sur mon épaule. Ils descendent le long de mes biceps, comme pour en mesurer l’arrondi. Ils viennent sur mes seins, mon ventre, sans s’arrêter ; juste pour voir. Cela chatouille un peu. Je ne bouge pas. Ils atteignent mon pubis. Le plus intrépide se glisse dans la fente. Ma vulve a à peine séché sous l’effet du papier toilette. Ce simple doigt qui effleure mon clitoris suffit à la relancer la pompe. Elle sourit un peu plus. Le doigt insiste. Je me campe sur mes jambes. Il se faufile jusqu’à l’orée de mon vagin. Mon bassin descend imperceptiblement pour lui montrer la voie. Elle met en genou à terre, pose un baiser sur mon pubis et me pénètre.
Elle n’y met aucune précipitation. Son doigt vient, avec la douceur de celui qui cherche à faire bien. Il ressort ; revient ; repart explorer les replis de ma vulve. Je me concentre sur ses circonvolutions. Je contrôle ma respiration. Je ne veux pas jouir trop vite. Sa caresse se précise. J’ai envie à l’instant de quelque chose de fort, puissant, qui me prenne et qui m’emporte. Je n’en dis rien. Je la laisse faire. Je veux que ce soit elle qui décide de la forme que prendra mon plaisir. Elle n’a pas besoin de mode d’emploi. Mon corps n’est pas une machine. Qu’elle l’explore et elle trouvera !
Ce que elle. Exactement. Ça.
Sa paume épouse ma vulve. Elle se remet debout et m’embrasse tout en me poussant jusqu’au lit. J’y tombe à plat dos, jambes sur l’extérieur. Elle s’agenouille entre mes cuisses.
— Laisse-moi regarder…
Je recule un peu et pose les pieds sur le bord du lit. Je tente de compter les doigts qui déploient mes grandes et petites lèvres. Sans regarder, je dirais qu’ils sont entre quatre et six, deux ou trois par main. Ils se relaient pour ouvrir, pincer, tirer, glisser, pénétrer, une vraie bande de chenapans qui se jouent de mon plaisir. Quand mon souffle s’accélère, ils s’apaisent, et inversement. Et puis, sans prévenir, je m’envole alors qu’elle me pénètre de deux doigts vrillés l’un sur l’autre. Mon bassin se soulève. Elle m’accompagne. Je ne me sens pas tout à fait pleine mais ses doigts sont solides. J’attrape son poignet. Mon ventre se creuse. Je m’étarque. Ses doigts ne bougent plus. C‘est mon périnée qui assure le contact. J’ouvre mon bras libre. Elle remonte sur moi sans renoncer à sa prise. Je lâche son poignet tout en lui indiquant que je veux que ses doigts restent là.
Une autre vague me submerge. Je soupire en écho. Un sursaut encore et mon corps s’effondre. On roule sur le côté. Mes soupirs s’espacent. Ma chair se rassemble. Je reviens au monde. Quelque chose de froid s’invite contre mon dos. Je l’attrape. Je le porte devant mes yeux. Je ris.
— C’était donc ça ?
Elle rit à son tour.
— Tu as toujours du lubrifiant dans ton sac ?
— Non. Celui-ci m’a inspirée quand je suis passée m’acheter des mouchoirs au Monop avant d’aller à la gare. Tu ne trouves pas que sa forme est particulièrement suggestive ?
On le serait à moins. Il est oblong, le capuchon formant une sorte de gland avec un tronc concave sur le milieu de sa longueur.
— Et tu avais l’intention de t’en servir ?
Mon ton est malicieux. Elle me tire la langue, en donne un coup sec au bout de mon nez, me prend le tube de la main, bascule par-dessus moi et fouille le drap alentour. Elle brandit sitôt l’emballage d’un préservatif. En un coup de dents précis et un geste habile, le tube est emballé. Elle a vraiment tout prévu… Sa main déjà descend le long de mon ventre. Le premier contact est froid. Elle pose l’objet entre mes lèvres, juste là, comme pour le réchauffer, m’invite à me remettre dans la longueur du lit puis rabat la couette sur nos deux corps.
Elle se couche à nouveau sur moi. Un baiser scelle la suite. Mes mains marouflent ses fesses. Nos bassins sont bercés d’un roulis identique. Au cœur de ma vulve, le tube se réchauffe. J’en oublie les questions en formation sur ses intentions quand elle a accepté de m’accompagner lors de ce déplacement. Ai-je envie de croire qu’elle avait prémédité la concupiscence présente ? Forcément oui même si je préférerais que ce soir n’ait ni passé ni futur. Faire l’amour au présent. Faire de l’amour un présent. Chacun entendra le mot comme bon lui semble. C’est ce jouet qui l’est pour moi. Sa main enfin descend s’en saisir et l’oriente dans l’axe de mon désir.
Je sens sa tête appuyer sur l’entrée de mon vagin. Je ne l’aide d’aucun coup de reins. J’ai envie qu’elle choisisse l’instant. Elle ne tarde pas. Elle se met à genou entre mes jambes, vissant le tube dans mon vagin. Je me cambre. L’objet repart, caresse l’intérieur de mes petites lèvres, cherchant à attiser mon clitoris sur toute sa surface, puis revient, tantôt lentement, tantôt véloce. Je me plie à ses facéties, soumise au plaisir qu’il propose. Je m’essouffle. Petit à petit, il m’épuise. Il va falloir que je lui dise qu’il ne me fera pas jouir. C’est comme ça, seuls ses doigts, sa langue, l’appui de son bras ou de sa cuisse, qu’importe ! sa chair à elle le peut.
Ma main se porte à la sienne. Elle arrête son geste. Je retire le jouet de mon vagin et place deux de ses doigts à la place. Ils vont, viennent, de plus en plus vite jusqu’à trouver le rythme que leur dicte mon bassin. Je m’envole, à bout de forces, plus haut, plus alvin. Un petit pet m’échappe. Une larme coule sur ma joue. Ses doigts hésitent. J’avance la main et les maintiens en moi. Mes doigts se tendent à leur tour et cherchent son sexe. Elle avance un peu. Cela ne suffit pas. Elle se met à califourchon sur le haut de mes cuisses au péril de son poignet. La pulpe de mon index trouve sa vulve. Son poignet n’y survit pas. Il lâche prise. J’en profite pour la basculer sur le dos. Je m’installe sur elle, l’air vainqueur, la main installée dans sa vulve.
— Alors, tu avais l’intention de… ?
Elle lève la tête pour que ses lèvres gobent cette larme qui n’a pas fini sa course. Elle dégage un bras, récupère le tube de gel, retire le préservatif et l’ouvre.
— Donne-moi ta main.
Elle dépose du gel sur mon index déjà enduit de cyprine. Je m’écarte un peu pour la laisser me guider. Elle ouvre les cuisses. On passe la fourchette et… je n’y crois pas ! Elle remet du gel directement sur la rondelle, prend mon doigt et le pose en son centre, l’enduisant sur ses trois phalanges.
— Doucement.
Je suis tellement émue que je ne sais pas si je vais oser. Il le faut. Elle m’attend. Son assurance me désarme. Je la percevais si fragile. Son désir me donne la force que je n’ai pas. Je me mets à genoux. Mon index avance avec une infinie lenteur. Je guette l’instant où il aura franchi le sphincter, la puissance de celui-ci, la sensation d’être garrottée avant que la phalange distale ne recouvre une certaine liberté de mouvement. Je scrute en même temps son visage à l’affût de la moindre contrariété. Ses muscles se crispent. Elle baisse les paupières. Sa bouche s’entr’ouvre. Son souffle s’épaissit d’une vibration gutturale. Mon doigt avance. Mon émotion grimpe. Son corps résiste encore puis se détend brusquement alors que ma deuxième phalange fouit accompagnée d’un râle venu d’outre-combe.
À suivre…
Cy Jung, 2019®
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Information publiée le mardi 16 avril 2019.

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