Célius, mousquetaire de la reine

Célius, mousquetaire de la reine
******** Épisode 8 ********

Farce lutécienne



Célius, mousquetaire de la reine ******** Épisode 8 ********

Célius, mousquetaire de la reine est une farce lutécienne en huit épisodes et un épilogue en lecture gratuite (ici) sur le site de Cy Jung. Elle met en scène la reine Anne et ses mousquetaires qui défendent une certaine idée du bien-vivre ensemble, contre la finance internationale et pour l’amour de leur royaume.
En voici le septième et avant-dernier épisode, publié le 29 décembre 2018. Si vous avez manqué les épisodes précédents, ils sont . Bonne lecture !


Petit rappel liminaire

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L’entretien entre la reine Anne et la Maréchale, cheffe de la Marine royale, dura près de deux heures. Personne ne sut jamais ce que les deux femmes s’étaient dit. Quand il se termina, la reine convoqua Benoît et Célius pour leur donner ses ordres.
— Mousquetaires, ce que je vais vous commander pourra vous sembler étrange. Je vous demande d’obéir sans discuter.
Ils s’inclinèrent pour lui marquer leur indéfectible dévouement.
— Benoît, vous allez chercher le marin prénommé Querelle, ainsi que le capitaine de la frégate ; je vais me débarbouiller, passer une tenue correcte et nous irons porter les croissants au surintendant Mac Rone. Je lui parlerai seule. Vous devrez, chef des mousquetaires, vous assurer que personne ne nous dérange pendant que le marin prénommé Querelle aura la charge de suggérer au valet Manuel qui loge chez Mac Rone de prendre les deux mille jours de congés de son compte épargne temps.
Célius gloussa. Sa nouvelle recrue sera parfaite dans le rôle. Par contre, il était étrange que la reine se rendît rue Saint-Honoré ; le protocole indiquait que c’était à ce scélérat de se déplacer. Peut-être était-ce pour se garantir un certain effet de surprise ?
— Quant au capitaine de la frégate, Célius, vous l’emmènerez avec madame sur un navire sûr qu’elle vous désignera. Ils y seront tous les deux aux arrêts et sous votre protection le temps que leur vie ne soit plus menacée. Vous prendrez Colombro avec vous ; c’est une fine épée. Quant à Ian, vous lui indiquerez de faire le tour des âmes aimables et sensibles afin de les appeler à la vigilance. Sans donner de détails, il évoquera un complot ourdi de l’étranger visant à me destituer. Les agents royaux devront faire cesser toute rumeur qui viendrait porter ombrage à ma réputation en établissant la liste des colporteurs. Nous connaîtrons ainsi toutes les mouches et principales locataires au service de Mac Rone et pourrons nous en prémunir.
Célius n’était pas ravi d’être coincé sur un bateau à protéger deux conjurés mais il devait obéir. Il salua la reine avant de quitter la pièce, traînant avec lui le capitaine, toujours menotté, la Maréchale et Benoît sur les talons.
— J’oubliais ! les interrompit la reine Anne. Benoît, vous direz à l’âme sensible et aimable d’escorter Latude jusqu’ici afin que je lui accorde grâce. Ce n’est pas le mauvais bougre. Il accompagnera Ian, il a une bonne connaissance des bas-fonds de Lutèce. Par contre, vous laissez le bourreau Marpion aux fers. Nous le jugerons plus tard.
La Maréchale guida Célius, Ian et le capitaine de la frégate jusqu’au remorqueur gérant la navigation de la Seine. Il était mené par le commandant M’Dec, un vieux loup de fleuve qui avait été nommé à ce poste par l’oncle de la reine Anne, feu le roi Bertrand 1er qui avait marqué ses sujets dans un gouvernement où le royaume de Lutèce était sorti du totalitarisme qui y régnait depuis des lustres. Célius l’informa de la situation. Le commandant M’Dec libéra sa cabine (qui n’avait qu’une issue et un hublot qui ne s’ouvrait pas) pour que la Maréchale s’y installât à son aise et confia le capitaine de frégate au confort d’un tonneau vide duquel il ne pouvait seul s’extraire. Il fit lever la passerelle puis mit son navire en panne au milieu du courant face à la Maison aux Piliers, les trois marins de son équipage sur le pont prêts à seconder Ian en cas de tentative d’intrusion sur le bâtiment.
Le commandant suspendit un hamac dans la coursive en travers de la porte. Célius s’y endormit dans la seconde, son corps ne pouvant plus longtemps servir la reine Anne. Ce n’était pas bien grave. La Maréchale était bouclée. Ian et les hommes d’équipage veillaient sur le tillac. Le commandant M’Dec scrutait en permanence le fleuve et ses berges à la jumelle debout sur le rouf du poste de pilotage. Il aperçut ainsi la reine Anne quitter la Maison aux Piliers sans savoir qu’elle se rendait chez Mac Rone ; Célius avait été discret sur ce point. Il la vit également revenir, deux heures plus tard, sans le marin prénommé Querelle qu’il avait avisé, une demi-heure plus tôt, escortant le valet Manuel, un bagage à la main, jusqu’au ponton de départ des liners à fond plat qui assuraient les liaisons transfluviales.
Il ne remarqua aucune autre agitation particulière bien que le mousquetaire Colombro, accompagné du devenu preux au service de la reine, le nommé Latude, sillonnaient Lutèce afin de remplir leur mission. La liste de mouches s’allongeait de rue en rue pendant que les âmes aimables et sensibles, une fois mises au parfum, désamorçaient chaque rumeur naissante. Deux d’entre elles saisirent fort à propos deux liasses de documents qu’elles apportèrent en courant à la Maison aux Piliers. Il s’agissait des fameux faux que Mac Rone avait prévu de distribuer et qui finirent dans la cheminée de la reine Anne qui, fatiguée par cette trop longue nuit, avait un peu froid.
Vers midi, Mac Rone embarqua sur un cabriolet bien décidé à exiger de l’empereur Firmin une action militaire contre le royaume de Lutèce. La reine Anne lui avait donné douze heures pour quitter son bel hôtel particulier, sans indemnités ni possibilité de retour. Il aurait sa peau. C’était sans compter sur le cynisme de l’empereur Firmin, averti des derniers événements par un message porté par colombophile. La reine Anne en était l’auteure. Sachant être perfide, elle avait écrit qu’elle ne pouvait imaginer son implication dans cette sombre affaire. Firmin était coincé : s’il soutenait Mac Rone, il ferait l’aveu public de sa collusion, sans garantie que cet incapable pût destituer la reine. Prudent, il le nomma donc par retour de colombophile grand chancelier auprès du despote cosaque, le prince Vlad, qui avait bien besoin d’un ministre de la Justice dépourvu de scrupules.
Midi, ce fut également l’heure où Célius se réveilla, manquant choir de son hamac tant il n’en avait pas l’habitude. Il s’enquit d’une boisson et d’un en-cas pour lui et la prisonnière. Le commandant M’Dec lui fournit le tout en lui narrant ses constats du matin et revint à son poste d’observation. Célius toqua à la porte de la cabine où la Maréchale avait pu se reposer.
— Entrez, mousquetaire !
Ce que il.
— J’ai trouvé un peu d’eau de Lutèce fraîchement citronnée, s’annonça-t-il presque gaiement, du pain noir, un quart de tome de chèvre et deux pommes. Cela vous convient-il ?
— C’est parfait, le remercia-t-elle. Déjeunerez-vous avec moi ?
Célius y comptait bien. Cette femme l’intriguait. Sous sa carapace de cheffe de la Marine royale et ses discours xénophobes, protectionnistes et autoritaires, il voulait savoir qui se cachait, ce d’autant que le protectionnisme n’était guère compatible avec la pensée ultralibérale de Mac Rone que pourtant elle soutenait.
— M’autorisez-vous une question peut-être indiscrète ? s’avança Célius en découpant des tranches de pain tout en surveillant la Maréchale pour réagir promptement si elle décidait de s’emparer de son couteau.
— Je vous en prie…
— Je ne comprends pas comment vous pouvez aider les tenants d’un commerce mondial qui fait fi des intérêts réels du royaume et des Lutéciens. Cela ne correspond pas aux idées politiques que je vous connais.
— Je suis officier de marine ; il faut faire circuler les marchandises !
Elle rit.
— Je plaisante, mousquetaire. Comment vous dire ? Vous n’ignorez pas combien il est compliqué, pour une femme, d’occuper un poste à responsabilité dans un métier d’armes. Vous le payez vous-même très cher…
Célius piqua un fard.
— Je le… Mais de quoi parlez-vous, Maréchale ?
— De votre jaquette, Célius.
— De ma…
Le fard se fit si phare qu’il y aurait eu assez de lumière pour ramener n’importe quel navire au port par une purée de pois londonienne.
— Écoutez, mousquetaire, poursuivit-elle. Ne nous mentons pas. Je connais votre secret depuis le premier jour où je vous ai vue. Je n’en ai jamais rien dit ni ne m’en suis servie contre vous ou la reine Anne. Je suis comme vous ; à cette nuance que j’ai pu rester publiquement ce que je suis. Les totalitaires savent s’adjoindre de bons petits soldats qui ne les trahiront pas par crainte d’être ragusés eux-mêmes. C’est mon cas. Mais aujourd’hui, je m’en moque. Je suis amoureuse de la reine ; elle ne m’aimera jamais. Peu me chaut ! Je préfère la servir plutôt que de l’embastiller pour m’approprier sa personne. Je suis heureuse que vous ayez démasqué ce complot. Je suis libre à présent. Je lui ai avoué mes sentiments cette nuit. Elle ne m’a pas rejetée, comprenant même comment les turpitudes de mon désir avaient pu m’emporter sur le chemin de la sédition. Elle m’a promis l’impunité. Je lui ai fourni toutes les preuves nécessaires pour lui permettre de se débarrasser rapidement de Mac Rone. Quand tout sera fini, j’irai lui demander l’autorisation de rester à Lutèce pour la servir. J’espère qu’elle m’accordera cette grande faveur.
Célius avait profité de ce long développement pour recouvrer ses esprits.
— Vous êtes une femme courageuse. Je…
À cet instant, un cri déchira l’air en même temps qu’une balle transperça la vitre du hublot. Célius se jeta sur la Maréchale pour la protéger de son corps. Sur le pont, Ian avait déjà fendu de son épée le poitrail de l’assaillant, un homme de main à la solde de l’oligarchie mercantile et cupide venu assassiner celle qui avait trahi. Le tireur tomba à l’eau les bras en croix. Personne ne plongea pour le repêcher. Il sombra. Dans la cabine, Célius se releva doucement. Sa jaquette était maculée de sang. La Maréchale était livide.
— À moi ! hurla-t-il. Un apothicaire ! La Maréchale est blessée !
Le commandant M’Dec lança sitôt les machines pour que le remorqueur regagnât la berge. Un marin se saisit des fanions nécessaires pour informer la terre ferme que l’on avait besoin de secours. Ian vint auprès de Célius pour l’aider à faire un pansement compressif. La balle avait pénétré le flanc de la Maréchale qui fut transportée dans l’infirmerie de la Maison aux Piliers dès les amarres jetées. La lésion était grave. L’apothicaire fit mander un chirurgien. Il opéra. La reine Anne tint en personne la main de la blessée. Rien n’y fit. Elle succomba dans la nuit, emportant avec elle le secret de Célius et l’amour contrarié de sa reine.
Étrangement affecté par ce décès qui le touchait plus qu’il n’aurait pensé, Célius pleura des heures durant dans les bras de dame Bonno, se gavant de chocolat chaud et de crêpes. Il avait le loisir de décompresser ; le complot était éventé et la reine Anne en sécurité pour un certain temps. Benoît, Ian et Colombro se reposaient ; les âmes aimables et sensibles du royaume de Lutèce également. La reine Anne, elle, travaillait à des décrets pour se prémunir de nouvelles attaques dont l’un créant un corps de garde nommé les intrépides serviteurs volontaires et protecteurs [les fameux ISVP, NdCy].
Elle voulait aussi organiser un grand bal populaire où elle ferait une déclaration pour inviter ses sujets à se lancer, avec elle, dans une lutte acharnée contre les injustices générées par le commerce mondial, pour une vie apaisée dans un État où chacun aurait sa place et sa raison d’être. C’était la concorde qu’elle appelait le plus de ses vœux, considérant que la violence économique était parfaitement inutile autant que vecteur de toutes les autres.
Utopie ? Qu’importait à la reine ! Elle aimait l’idée de rêver avec ses sujets d’un monde plus juste où le bonheur serait la valeur suprême. Elle mettrait tout en œuvre pour y convertir les Lutéciennes et les Lutéciens. Le bonheur… la dame Bonno riait encore ; peut-être qu’il serait temps que la reine Anne s’occupât du sien ; elle n’en avait malheureusement guère l’opportunité, pas plus que Célius d’ailleurs qui, après une nuit de pleurs intenses, avait décidé de soigner son chagrin dans l’action, au service de la reine, bien sûr.
Il avait procédé au bannissement du bourreau Marpion, bannissement qui était désormais la peine la plus sévère encourue au royaume de Lutèce, la reine Anne ayant de son seul chef aboli le supplice de la roue sans finalement déclencher de soulèvement populaire. Il s’était ensuite intéressé à la formation du marin prénommé Querelle et de Latude — qui seraient bientôt les premiers intrépides serviteurs volontaires et protecteurs — aux rudiments des droits des Lutéciens, les deux nouvelles recrues de la reine connaissant mieux les manières expéditives que celles en vigueur dans une royauté respectueuse des libertés individuelles et collectives.
La reine Anne l’avait enfin invité à seconder Benoît dans l’organisation de la sécurité du bal pendant que Ian et Colombro se chargeaient de l’ordinaire. Autant dire que Célius était très occupé sans que cela, bien sûr, n’allégeât sa peine. Dame Bonno était inquiète. Elle craignait que le mousquetaire ne fît un syndrome d’épuisement professionnel à l’heure même où la reine Anne militait pour le bien-être de ses sujets.
— Ça suffit, Célius ! s’exclama-t-elle un soir où elle le vit rentrer à point d’heure. Si tu ne prends pas soin de toi, je te dénonce à la reine.
— Dénonce-moi, dame Bonno, rigola-t-il. Je ne fais qu’obéir à ses ordres.
— Je ne te parle pas de ça, gamine !
— Gamine ?
Célius piqua le même fard que quelques jours plus tôt sur le remorqueur du commandant M’Dec. Il porta ses mains à son cœur, prêt à sombrer dans un gouffre.
— Mais qu’est-ce que tu crois ? l’acheva dame Bonno, pour son bien, forcément. Que je suis dupe ? Tu n’es pas qui tu prétends être et tu mens à ta reine. Je comprends que tu aies voulu braver la loi pour être mousquetaire. Mais tu dois te reposer. Et si je dois te dénoncer pour cela, je le ferai !
Célius fondit en larmes. Après la Maréchale, dame Bonno savait aussi. Mais combien étaient-elles ? Dame Bonno ne dirait rien, il en avait l’intime conviction. Mais quelqu’un d’autre le ferait. Il ne survivrait pas au scandale annoncé. Sa vie était fichue. Il allait prendre la même route du bannissement que le bourreau Marpion, Manuel et Mac Rone. C’était littéralement insupportable. Célius tomba à genoux d’abord, puis face dans la poussière. Il ne bougeait plus.
Dame Bonno se précipita. Il respirait. Tant bien que mal, elle le tira jusqu’à l’intérieur de son logis. Il semblait groggy. Il l’était. Dame Bonno n’était pas fière du tout de l’effet produit par sa menace. Elle passa deux jours et deux nuits à tenter de le consoler. En vain. Au moins, se reposait-il, confortablement installé dans une paillasse qu’elle avait dressée pour lui au coin de son feu. Elle le nourrissait à la cuiller. Elle le berçait, lui chantait des cavatines. Rien n’y faisait ; Célius pleurait sur sa déchéance annoncée, sur ce sort qu’il n’avait su conjurer en dépit de ses efforts à se conformer au monde.
Inquiète de la disparition de son mousquetaire préféré, la reine Anne chargea les nouveaux intrépides serviteurs volontaires et protecteurs de le retrouver ; toujours proches des mouches et des principales locataires, il ne leur avait pas fallu deux heures pour l’informer de là où Célius se trouvait. Elle débarqua en début de soirée chez dame Bonno qui l’accueillit à voix basse et bras ouverts. Célius s’était enfin endormi.
— Mais que se passe-t-il ? s’enquit Sa Majesté.
— Ne parlez pas trop fort. Il dort.
— Est-il malade ?
— Pire, ma reine. Pire.
— Pire ?
La reine Anne en tomba assise sur une chaise qui se trouvait fort heureusement là. Dame Bonno était embarrassée. Elle ne pouvait plus se taire mais si elle s’était trompée sur le cœur de la reine, Célius en mourrait de chagrin. De toute façon, la situation ne pouvait plus durer !
— Il est amoureux.
— Amoureux, s’exclama la reine Anne.
— Chut…
— Oh ! Pardon. Mais c’est une bonne nouvelle.
— De vous, ma reine…
— De… Moi ?
— Oui ; Célius est amoureux de vous et…
Jusque là, la reine Anne encaissait ; elle était flattée que son mousquetaire préféré fût épris d’elle. Elle savait qu’elle l’était aussi. Le protocole allait devoir s’en accommoder. Le « et », par contre, l’inquiétait plus, ce d’autant que son interlocutrice avait fait silence, le sourire tendu.
— Ce n’est pas le pire, ma reine…
— Pas le pire ? Quoi encore ?
La reine Anne, à deux doigts de se lever, s’abstint. La dame Bonno tira une chaise et s’assit près d’elle.
— Écoutez, ma reine… Il y a des secrets que je ne peux pas trahir mais je voudrais que vous regardiez bien Célius, et pas que dans les yeux.
— Que je le regarde ?
— Oui, ma reine. Regardez-le. Vous comprendrez.
La reine Anne se leva doucement, attrapant au passage la chandelle que son hôtesse lui tendait, et s’approcha de la paillasse où Célius dormait à poings fermés. Il avait un sourire d’ange et des traits si fins que… que… Que ? Elle s’agenouilla. La jaquette du mousquetaire était déboutonnée au niveau du col. Son torse était emprisonné dans une sorte de gros bandage et… et… Et ? Elle le détailla encore et tomba en arrêt sur son entrecuisse. Il n’y avait là rien de proéminent. Ses hanches, par ailleurs, étaient un peu saillantes. Quant à ses pieds ? Débarrassés des lourdes bottes réglementaires, ils étaient si menus ! Tout comme ses mains sans gants. Est-ce que Célius était… était… ? La reine Anne manquait d’air.
Dame Bonno s’était approchée. Elle lui tendit un verre d’eau de Lutèce. Elle le but d’un trait.
— Ne me dites pas que… dame Bonno.
— Je ne vous dis rien.
— Comment ai-je pu ignorer cela ?
— Le prestige de l’uniforme.
La reine se rassit. Elle rendit la chandelle à dame Bonno. Elle n’en avait plus besoin même si son esprit était en quête de lumière. Trop de questions se précipitaient en même temps dans son cerveau. Trop d’émotions. L’amour de Célius lui allait bien mais si Célius était… était… Comment allait-elle faire ? Elle s’en ouvrit à son hôtesse.
— Que va-t-on devenir, dame Bonno ? Jamais les Lutéciens ne permettront cela !
— Vous le permettez bien, vous. L’auriez-vous cru si l’on vous en avait fait l’hypothèse ?
— Non, en effet.
— Les Lutéciens vous aiment. Ce sont de grands sentimentaux. Proposez-leur des épousailles et ils seront conquis !
— Un mariage ? Mais c’est impossible !
— Pourquoi ?
— Ce n’est pas la règle.
— Pardonnez-moi, Votre Majesté, mais c’est vous qui édictez la règle.
— Oui, mais… L’archevêque n’en voudra pas !
— Vous vous en passerez. Les pasteurs de l’Oratoire près du Louvre administreront le sacrement. Cela nous évitera un déplacement à Chartres ! C’est bon pour les finances de Lutèce et notre bilan carbone.
Ce fut l’instant que choisit Célius pour émettre un râle, ouvrir les yeux et se poser sur un coude.
— Dame Bonno ?
La reine Anne s’avança.
— Mon mousquetaire, commença-t-elle d’une voix si douce qu’elle était de miel, vous m’avez fait si peur !
— Ma reine ! s’exclama-t-il dans un sursaut visant à se mettre debout.
— Ne bougez pas. Nous avons à parler.
Dame Bonne s’était déjà éclipsée en tirant la porte avec bruit pour que la reine Anne sût qu’elles étaient seules. Elle se campa devant l’huis, tel un rempart infranchissable. Célius resta sur le coude. L’inquiétude montait au fur et à mesure qu’il se réveillait.
— Je dois vous gourmander, l’entreprit la reine Anne. Vous n’avez jamais pris vos congés au péril de votre santé. J’ai besoin de mousquetaires forts et en forme. Vous avez atteint l’épuisement. Vous avez disparu. J’en étais très tourmentée. Vous avez en outre mis le royaume de Lutèce en danger. Je suis contrainte de vous suspendre de vos fonctions jusqu’au grand bal. Vous resterez ici sous la surveillance de dame Bonno. Elle saura vous soigner. Je vais lui donner mes ordres. Vous échappez de peu au cachot, mousquetaire. Vous en avez conscience ?
— Oui, ma reine, bafouilla Célius. Je vous demande pardon, je… je suis…
— Taisez-vous. Vous me rejoindrez dans mes appartements une heure avant le bal. Je vous dirai ce que j’attends de vous.
Célius s’était agenouillé. Il s’inclina.
— Merci, ma reine. Merci. Je ferai tout ce que vous voulez.
— Ne jurez de rien, lui répondit-elle en riant !
Elle sortit. Sur le seuil, elle mit dame Bonno au parfum de ses intentions. Celle-ci adora la solution choisie par la reine et l’assura de son total soutien. Les Lutéciens allaient en avoir pour leurs impôts !

Cy Jung, 29 décembre 2018®.

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