LexCy(que)

Avoir l’air



Cy Jung — LexCy(que) : Avoir l'air

Ma phrase [*] : Cela l’a surprise d’ailleurs que Mélissa mette un cœur sur sa photo de profil où elle pose en tenue de travail l’air fière.

Antidote, lors de ma correction, me propose de mettre « fier » au masculin, l’accordant ainsi sur « l’air » et non sur « Mélissa ». Depuis très longtemps, j’applique de mémoire une règle que je pense tenir de Pascale : si le sujet est véritablement dans l’état émotionnel dont il a l’air, accord sur le sujet ; si c’est juste un air, accord sur « air ». Mais peut-être que ma mémoire a flanché ou que j’applique mal une règle que j’ai mal comprise ?
Un point s’impose.
Je remarque néanmoins d’emblée que, dans mon exemple, il ne s’agit en fait pas de la construction « avoir l’air », mais juste de « l’air + quelque chose ». L’accord est donc logique, même si d’un point de vue du sens j’ai toujours envie de me poser la question. Je corrige, puis change finalement ma phrase pour éviter un doublon. Elle devient : « Cela l’a surprise d’ailleurs que Mélissa mette un cœur sur sa photo de profil où elle pose fièrement en tenue de travail. » Cela ne règle bien sûr pas ma question. Je creuse.

Note liminaire : je ne m’intéresse ici qu’au cas où le sujet de « avoir l’air » est une personne ; quand c’est une chose, l’accord avec le sujet ne se discute pas.

Deux articles de la grammaire d’Antidote sont consacrés au sujet.
Le premier pose le principe de l’accord avec le sujet, considérant qu’il s’agit d’un équivalent de « paraître » ou « sembler », l’adjectif ayant alors fonction d’attribut. Le second pose les exceptions sur un accord avec « air » ; d’abord quand « air » est suivi de « de » dans des formules de type « l’air admiratif d’une jeune groupie » ; c’est ici assez simple. La seconde exception l’est moins. Elle est considérée comme possible mais « relève de la langue soutenue, et est aujourd’hui perçu[e] comme vieilli[e], voire erroné[e]. » Je sens qu’il y a là la nuance de sens dont me parlait Pascale, même si Antidote n’en dit rien.
La grammaire Cordial en ligne (ici) propose en effet un distinguo selon le sens : « Si "avoir l’air" a le sens de "paraître"  » et si « "avoir l’air" a le sens "d’avoir telle mine, telle apparence". » Voilà le genre de distinguo qui me laisse dubitative ; car si l’on paraît par exemple « fatigué », n’est-ce pas que l’on a la mine « fatiguée » ? L’Académie me propose une autre manière d’envisager la question en distinguant cette fois « avoir l’air » au sens de « paraître » et la construction avec « différents verbes » qui font que l’adjectif est épithète de « air ». Quels verbes ? Elle ne le dit pas. Un seul exemple semble faire sens : « Ils arborent un air guerrier. » : on est bien là dans mon souvenir de la règle, ce n’est que l’air qui est guerrier, pas la personne.

Je profite d’un site québécois pour clore le sujet. Il envisage clairement tous les cas de figure et, pour la question qui m’occupe, propose des exemples assez clairs en s’appuyant sur le sens et avec cette conclusion « Les deux interprétations sont souvent possibles. » C’est . J’en conclus donc que je peux garder ma règle initiale et que le choix d’accorder sur « air », hors cas particuliers avérés, est à la discrétion de l’auteur.
C’est parfait.


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[*Phrase extraite de « [#51] L’homme qui ne répond pas au téléphone », nouvelle en e-criture, 3 mai 2017.


Information publiée le vendredi 21 juillet 2017.

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