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Plongée en apnée



Cy Jung — Plongée en apnée

Cy Jung — Once upon a poulette, roman lesbien Cy Jung — Cul nu, courts érotiquesÀ l’occasion du 6e Salon du livre lesbien qui aura lieu le 1er juillet 2017 à la mairie du 3e arrondissement de Paris (ici), Cy Jung met en ligne cette nouvelle écrite en juillet 1999, soit à une époque où elle travaillait l’écriture de textes érotiques courts jusqu’à publier en juin 2001, Cul nu, courts érotiques (KTM éditions, ). On y retrouve le style de Once upon a poulette (lala) autant que l’art de pirouette qui va si bien à son écriture ludique et joyeuse.
Bonne lecture !


Petit rappel liminaire

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droit ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.



Cy JUng — Cul nu, courts érotiquesNote : ce texte, corrigé, est publié dans Cul nu, courts érotiques (KTM éditions, 2001), sous le titre « Sous-cul »

Elle a fait irruption dans ma salle de bains alors que j’étais juchée sur le bord de la baignoire, une éponge mousseuse dans les mains, un seau d’eau noirâtre entre les pieds, en train de lessiver le carrelage mural. Je ne l’avais pas entendu entrer. Bizarrement, je n’ai pas sursauté.
— Je suis ta voisine, on s’est croisées hier.
Je lui ai tendu un auriculaire douteux. Elle s’est contentée de m’envoyer un baiser du bout des doigts. Ce que j’avais vu d’elle la veille, c’était une paire de fesses qui montait l’escalier à hauteur de mes yeux, des fesses dures, un peu rondes, comme je les aime, des fesses qui ne donnent pas envie de regarder plus avant leur propriétaire par crainte du mécompte. Aujourd’hui, j’ai de la chance : de face, elle n’est pas mal non plus.
— Tu as une deuxième éponge ?
Je l’ai dirigée vers la cuisine. Elle est revenue avec un seau d’eau claire où nageait un luffa qu’elle pressa d’une belle poigne, jouant à faire des bulles et des vagues. Toujours debout sur mon perchoir, je la regardais en coin. Elle me souriait, de ces sourires qui appellent l’indécence et provoquent la chair. J’en lâchais mon ustensile. Elle l’attrapa au vol. Quelques gouttes d’eau sale s’étaient répandues sur mon visage.
— Joli maquillage ! Baisse la tête, je vais arranger ça.
J’ai baissé la tête. Elle m’a rendu mon éponge, plongé de nouveau la sienne dans l’eau claire et, sans l’essorer, a lavé mes joues. L’eau dégoulinait par-dessous mon tee-shirt jusqu’à ce que perle la pointe de mes seins. C’était froid. Et délicieux.
— Je suis désolée…
Incroyable ! Comme si elle n’avait pas fait exprès ! J’allais protester quand d’un geste vif elle a replongé son luffa dans le seau avant de renouveler le nettoyage. J’étais trempée. Elle m’a tendu la main, aidée à descendre sans m’autoriser à quitter l’enceinte de la baignoire. Elle a ouvert le robinet, mis le bouchon puis lavé mon corps de pieds en cap sans égard pour mes vêtements. Je sentais l’eau submerger mes mollets et rigoler à partir de mon cou.
Spontanément, je retirai mon tee-shirt et mon short. J’étais nue, face à cette étrangère. Son pouvoir sur moi était total, sa mainmise absolue. Je laissais venir mon désir, je n’avais qu’une obsession, cette éponge qui vaquait sur ma peau mue par le bras d’une lavandière au sourire d’ange et à l’œil coquin. Mes habits flottaient, l’eau montait, l’éponge marouflait, mes sens s’exfoliaient et je sombrais dans la majesté de l’ivresse.
Elle ferma le robinet, me rejoignit dans le bain, tout habillée, et s’allongea, la tête à fleur d’eau. D’une pression sur les hanches, elle me fit m’accroupir sur sa bouche. Mon sexe s’ouvrit de lui-même, offrant à ses lèvres mes chairs glabres et lippues. Un long baiser accueillit la libation, un baiser à pleine bouche, un baiser à chaude langue, un baiser très français empreint du velouté et de la force d’un grand cru.
De son éponge, elle arrosait mes lombaires. Un ruisseau se formait entre mes fesses, le clapotis de l’eau flattait ma vulve, sa salive se mêlait à mon miel. Je me liquéfiais pendant que ma pépie s’étanchait à la fontaine de ses buccâlins. Je ne bougeais pas, les mains ancrées sur le bord de la baignoire, je laissais aller sa bouche au cœur de mes nymphes. Gloutonne, elle se goinfrait. Frugale, elle picorait. Et sa langue s’immisçait… Bruissante, loquace, concise et faconde, elle usait de tous les vocabulaires. En répons, j’éructais des syllabes insensées dans un lexique frisant la vocalise.
Un instant, tout s’arrêta. L’instant d’après, elle aspira mon clitoris et je crois que c’est alors qu’elle bût pour la première fois la tasse. Je n’en avais cure. Elle cracha. Le jet aviva le guyot. J’aurais voulu la frapper, l’étreindre, j’avais besoin de quelque chose de fort au creux de mes reins. Elle ne s’y osa pas. Elle aurait dû plutôt que de gober à l’envi la moindre parcelle de ma pulpe turgide. J’étais rivée en sa bouche, elle le bec dans l’eau, moi le cul en nage.
Je m’écroulais enfin et m’affaissais sous le poids de la jouissance, immergeant mon ange déchu dans un bouillonnement sextonique. Elle eut un sursaut. Mon cri devint lugubre. Ses poumons cherchaient de l’air, mon âme partait à vau-l’eau. Je chavirais sur son corps immobile, noyé, asphyxié par mon naufrage, mon clitoris entre les dents, mes seins en point de mire. Ci-gît, dans ma baignoire, une amante tombée au champ d’honneur, repue de ma chair et glorifiée de mon orgasme.
Et Dieu savait pourquoi, je ne revis jamais ma voisine.

Cy Jung, 7 juillet 1999.


Cy Jung, 8 juillet 1999®.

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