Romans & Nouvelles

Camellia rose



Cy Jung — Camellia rose

Édition gaies et lesbienne – Éditions du Phare blanc
Mai 2009, 126 pp., 5 euros.
EAN : 782356800138




Marcelline a nagé dans le bonheur pendant des années, grâce à son métier d’institutrice et surtout grâce à son histoire d’amour avec Laure. Tendresse éternelle, sexualité intense, et passion commune, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Jusqu’à ce plongeon dans le vide…
Disons-le, Camellia rose est un roman d’amour franchement déjanté. Grands sentiments et érotisme, comédie et transgression se mélangent dans ce roman à la fois émouvant et désopilant. Sans doute, parce qu’elle a déjà de nombreux romans roses à son actif, Cy Jung ne recule devant rien, mais alors, rien… pour le plus grand plaisir de ses lectrices et lecteurs.

Cy Jung a reçu le Prix d’honneur du Roman lesbien 2008 pour l’ensemble de son œuvre. Il faut dire qu’en dix ans, elle a écrit plus d’une dizaine de romans (Once upon a poulette, Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train, Un roman d’amour, enfin, etc.) et de nombreuses nouvelles.

* Communiqué de presse (22 mai 2009)
* Extraits
* Critiques

Flyer Camellia rose

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Extraits

Elle l’avait méritée, sa retraite, ce qui ne l’empêcha pas, en quittant l’école ce dernier soir, de pleurer de nouveau sur le chemin qui la menait chez elle, un joli duplex au dernier étage d’un bel immeuble bourgeois avec vue imprenable sur le cimetière du Père Lachaise.
Là, Laure Boitillart, qui avait connu ce moment de rupture quelques années plut tôt, l’accueillit avec la tendresse et la chaleur que les circonstances imposaient. Elle savait combien la joie du repos mérité ne pouvait chasser la douleur d’abandonner ce pour quoi l’on avait ardemment œuvré pendant près d’un demi-siècle, ce d’autant que la maîtresse de son cœur avait aimé son travail et l’avait exercé avec foi et dévouement, convaincue de participer à cette œuvre grandiose qu’était la diffusion du savoir et de la connaissance.
Marcelline réclama un verre de muscat — de Lunel, s’il vous plaît. Elle avait besoin d’être grise pour supporter le moment. Laure lui servit son verre. Elle l’agrémenta d’un paquet de biscuits salés, d’une coupelle d’olives vertes au piment d’Espelette et de quelques caresses qui rapidement transportèrent les deux femmes dans le confort crapuleux de leur lit conjugal.
Que c’était bon, faire l’amour des heures durant sans se soucier du réveil car il ne sonnerait pas au petit matin ! C’était encore mieux que des vacances, car il n’y avait pas de fin, pas de crainte du retour à la vie laborieuse, pas de corrections, de préparations ni de révisions du cahier-journal ; il n’y avait que la perspective de prendre du bon temps, celui qui avait manqué et mieux encore, celui que la prégnance des obligations professionnelles empêchait même d’imaginer.
À l’instant, il se présentait sous la forme oblongue d’un jouet en latex rose bonbon dont Marcelline raffolait quand Laure avait l’obligeance de marteler de deux doigts son clitoris pendant qu’elle introduisait l’objet dans son fondement.
Le jeu, vu de l’extérieur, aurait pu sembler indigne de deux femmes de plus de soixante ans, surtout si l’on remarquait les pinces argentées auxquelles pendaient des poids miniatures serrant les tétins et les petites lèvres de Laure. Et que dire également de ces deux boules planquées en son vagin ou de cette manière incongrue qu’elle avait de débiter des propos salaces quand elle sodomisait son amante ?

Le corps de Laure avait été rapatrié dans sa famille, en Bretagne, famille qui autrefois avait banni cette fille dont les amours saphiques bafouaient les convictions religieuses. Ah ! les bons chrétiens. Ils se réjouissaient aujourd’hui de rendre à Dieu l’âme de celle que le péché avait corrompue — en la purifiant, au passage — tout en refusant que la couronne mortuaire envoyée par Marcelline fût déposée sur sa tombe. « Quelle générosité ! songea intérieurement l’employé des pompes funèbres, pourtant aguerri aux querelles familiales. Je ne m’y ferai jamais. »
Marcelline, à cette annonce, crut que Laure était morte une deuxième fois. Françoise avait le même sentiment. Elle ne savait que dire pour la consoler à part piquer une colère stérile puisque ces bonnes gens en seraient épargnés.
Que pouvait-on avancer pour justifier une manière aussi barbare de se comporter devant le chagrin et la détresse d’autrui ? L’homophobie n’avait décidément pas de limite et Françoise ne pouvait pas croire que Dieu se fît le complice de cela.
— Tu as raison, confirma Marcelline dont les joues avaient pris quelques couleurs face à l’adversité, Dieu n’y est pour rien. L’Église, par contre, est responsable.
— N’est-ce pas un peu la même chose ?
— Non, je ne crois pas. Dieu vaut bien mieux que ses prêcheurs totalitaires qui veulent asservir l’homme au nom de la foi. Et cela vaut pour l’ensemble des chapelles.
Le débat s’arrêta là. Il n’y avait pas grand-chose de plus à dire. Marcelline réclama de quoi dormir à l’infirmière. Françoise attendit que son souffle se ralentît pour quitter l’hôpital.
Elle erra trois bonnes heures dans les rues sombres et glaciales de Paris, incapable de rentrer chez elle tant sa colère était grande. Elle fit deux arrêts, le premier pour boire une bière, le second pour manger un morceau. Elle devait faire quelque chose, lever l’injustice, défendre l’honneur et l’amour de Marcelline. Elle devait. Il fallait juste qu’elle trouvât comment.
Un éclair traversa la brasserie de l’Opéra où elle finissait son croque-madame en entamant une troisième bière pression. Ils n’en voulaient pas, ces saligauds, des fleurs et de l’amour de Marcelline ? Eh bien, ils auraient Marcelline en personne !
Françoise serra le poing. Elle allait louer une ambulance, signer les décharges nécessaires, ameuter leurs amis, les collègues, louer un car s’il le fallait et organiser un second enterrement où l’union des deux femmes serait premier.
Il lui fallut à peine trois jours pour ordonner la cérémonie. Dès qu’elle évoqua son projet avec madame Grandrond — avec deux d, s’il vous plaît —, une sorte de vague plus forte qu’un tsunami déferla sur tout ce que l’académie de Paris comportait d’enseignants, de syndicalistes et de personnels soucieux de défendre la lumière contre l’obscurantisme. Chacun se mobilisa, appelant les uns, les autres, aidant Françoise et madame Grandrond à régler les questions matérielles. La presse fut informée ; des paroissiens progressistes s’en mêlèrent.
Et ce ne fut pas un car, ni deux, ni même trois qui s’avérèrent nécessaires pour emmener ce flot dans le petit cimetière des Côtes-d’Armor où reposait le corps de Laure Boitillart, lesbienne émérite morte sur une route du Moyen Atlas marocain au volant d’un 4x4 gros comme un camion. Il en fallut cinq, tant la mobilisation était grande, cinq cars et plus de deux cents personnes dont huit journalistes, trois pasteurs, un curé, un rabbin, deux aumôniers musulmans, douze syndicalistes, quatre inspecteurs primaires — mais pas la Grosse Sss…, avec cinq s, s’il vous plait — et trois bénévoles du Secours catholique encadrant un petit chœur d’enfants.


En dépit de l’heure matinale, elle savait qu’il allait lui être impossible de se rendormir. Elle glissa sur le fauteuil roulant qui l’attendait au pied du lit, enfila une petite laine et s’en alla ouvrir le store afin de profiter de l’inégalable beauté des premières lueurs du jour. À peine eut-elle terminé que son ami le merle toqua à la fenêtre. Elle lui ouvrit. Il vola à l’intérieur de la chambre et se posa sur le montant du lit. Marcelline s’approcha.
— Bonjour l’oiseau, le salua-t-elle d’une voix joyeuse qui la surprit elle-même. Je ne te savais pas si matinal.
Le merle hocha doucement la tête. Marcelline se rapprocha encore. Alors qu’elle n’était plus qu’à une vingtaine de centimètres du volatile, elle fut comme saisie par un étourdissement. Ce qu’elle sentait était impossible ; jamais on n’avait vu de merle aller chez Marionnaud — ou Sephora, selon la carte de fidélité dont il disposait — acheter du parfum et s’en asperger !
Pourtant, celui-là exhalait les senteurs les plus suaves, celles qui avaient ravi vingt-huit ans durant les narines de Marcelline, celles qu’elle avait suivies cette nuit lors de son périple interminable dans le désert avant de trouver l’oasis. Elle huma l’air de nouveau afin de s’en convaincre. C’était incontournable : le merle portait le parfum de Laure.
Elle interrogea l’oiseau du regard. Il sembla lui sourire, même si la notion de sourire lorsque l’on ne disposait que d’un bec pour ce faire était assez aléatoire. La représentation tridimensionnelle de feue Laure n’avait-elle pas dit cette nuit qu’elle resterait là le temps qu’il faudrait, qu’elle la protégerait ?
Marcelline était de culture trop cartésienne pour accepter l’idée qu’un oiseau pût être l’incarnation de celle qu’elle aimait. Et pourquoi pas, finalement ? Si ce merle devait faire office d’objet transitionnel pour que Marcelline pût reprendre goût à la vie et au bonheur, qu’est-ce que cela pouvait bien faire ? La folie ne lui faisait pas peur si tant est que celle-ci fût en mesure de lui procurer un peu de joie simple voire de plaisir.
Marcelline avança la main vers la tête du merle. Il ne bougea pas. Elle lui lissa doucement les plumes de deux doigts tendres avant de poser ses lèvres pour un court baiser. Il la laissa la caresser quelques minutes puis se mit à babiller son air habituel. Marcelline accueillit son chant d’un large sourire. Dans le couloir, le personnel des Camellias s’agitait. On entendait les portes des chambres s’ouvrir et se refermer, les stores grincer. Il était l’heure que le merle s’envolât.
Il battit doucement des ailes, décolla et s’en alla se poser sur la branche de son arbre. Marcelline lui fit un signe d’au revoir. Il lui répondit du plus beau de ses sifflements. La jeune retraitée de l’Éducation nationale se sentait étrangement légère. Elle n’avait pas encore retrouvé l’intégralité de la conversation de son rêve mais elle savait qu’elle n’était plus seule. Plus jamais.

Critiques

« Cy Jung jette un pavé dans le mare des préjugés et clichés en osant un roman rose dont la moyenne d’âge des protagonistes principales - et les plus sexuellement actives - les classe dans la catégorie "seniors retraités". Pourtant, le rire est au rendez-vous... »

Media-g.net [*], 13 août 2009

« On déguste comme un bonbon (à la cantharide !) ce petit bijou d’érotisme spécial Camif et 3e âge. Eh oui, on peut être prof, sexagénaire, et raffoler de certain « jouet en latex rose bonbon » (p. 13). Cy Jung ne fustige pas que les fesses de ses héroïnes, mais aussi ces maisons de soins où l’on est obligé de dissimuler ses godemichés !  »

Lionel Labosse, altersexualité.com, 6 août 2009.

« (…) un roman d’amour où les grands sentiments se confondent avec l’érotisme, où le ton de la comédie légère permet quelques transgressions.  »

Sophie Loubière, « Parking de nuit », France Inter, 24 juillet 2009.

« Un beau récit d’espoir et de lucidité sans aucun tabou ni prosélytisme, un miroir au teint frais de nos vies rapporté avec humour et tendresse ... à s’offrir et/ou à apporter (moins cher qu’un paquet de cigarettes !!!) à nos copines de rééducation.  »

Handigay.com, 2 juillet 2009.
En lecture sur Youtube.

« Un très bon roman qui se dévore du début à la fin. Faites-vous plaisir et au lieu de vous payer un kebab cet été, offrez-vous ce petit livre qui ne coûte que 5 euros.  »

Isabelle B. Price, Univers-L.com (29 Juin 2009)

« Comment pousser aussi loin l’irrévérence et briser à ce point les tabous les plus ancrés de la société ? (…) Un petit livre tout à fait hors catégorie comme toujours, abominaffreux ou mignoble, comme on voudra, (…)  »

Lulu Galipette, Et-alors.net, 21 juin 2009

« Camellia Rose est une vraie comédie romantique lesbienne, avec une ironie et un comique de situation qui font penser à Stephen McCauley aux Chroniques de San Francisco. Mais avec beaucoup, beaucoup plus de sexe. Et quand on vous dit [que Cy Jung] ne recule devant rien… »

Badtrip, gouts-doux.fr, 13 juin 2009

« Cy Jung a osé ! Mais quand on maîtrise à ce point la langue française, sa poésie et sa musicalité, quand on sait jouer avec les mots, leur richesse et leur diversité, tout est permis ! Tout, jusqu’à ce voyage délirant et fantasque au pays des femmes mûres. »

Kristel, L-Editorielles.com, 11 juin 2009.

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[*Media-G.net a été fermé pour obsolescence technique le 3 août 2015. Une page est tournée.




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