LexCy(que)

Coming out



Cy Jung — LexCy(que) : Coming out (mots étrangers)

Ma phrase [*] : Ses quelques amis s’étaient évaporés au moment de son coming out tardif lors de sa prise de retraite et elle n’avait pas eu le loisir de s’en faire d’autres avant que ses soucis de santé — une ostéoporose précoce — ne la précipitassent dans le circuit des établissements de soins.

Cy Jung — Camellia roseCette phrase est l’occasion de rappeler les règles qui s’appliquent à l’usage des mots étrangers que l’on doit distinguer des « ismes » (anglicisme, germanisme, etc.) qui sont des mots étrangers « intégrés » à la langue française (comme « prime time » ou « pull-buoy » dont on souligne simplement l’origine (est-ce vraiment utile ?) et dont les règles d’accord et de typographie suivent désormais celles en usage dans la langue française (avec des exceptions, bien sûr).

La première chose à faire, dans ce contexte, face à un mot à l’allure étrangère (le délit de faciès n’étant pas le privilège de la police nationale), est de savoir s’il est ou non encore considéré comme étranger : si tel est le cas, il dispose bien sûr d’une carte de séjour à durée variable (le mot peut soit quitter la langue faute d’usage, soit y être intégré) mais il est essentiel à la fierté nationale qu’il conserve quelques attributs d’étrangeté.
On l’écrira donc en italiques [Grevisse §88-R1] et il demeurera invariable en nombre [Grevisse §524]. Quant à son genre, l’usager du mot décide du masculin ou du féminin, indépendamment de son genre dans sa langue d’origine [Grevisse §478]. Est-ce parce que nous sommes habitués à ce que certaines Brésiliennes du bois de Boulogne soient parfois des Brésiliens ? Je l’ignore.

Passé ce petit rappel des mauvaises conditions d’accueil et de séjour que notre pays réserve aux étrangers, conditions auxquelles les mots, finalement, n’échappent pas, je reprends mon exemple de « coming out » qui signifie littéralement « sortie du placard » et consiste, pour un homosexuel, à rendre publique son homosexualité. [**]
Je m’interroge sur le fait de savoir si le terme est intégré ou non.
Antidote considère qu’il est « familier » mais ne le signale pas comme anglicisme lui qui est d’ordinaire si prompt à valoriser le français des origines (on parle langue, toujours) ce que Le Petit Robert, par contre, fait. Cette présence dans les dictionnaires suffit normalement à attester l’intégration d’un terme dans la langue française, le plus « intégrationniste » d’entre eux étant souvent Le Petit Larousse.
Et pourtant… J’ai envie de laisser les italiques : la position de « coming out » face au pluriel n’est pas claire ; Antidote propose « des coming outs » quand Le Petit Robert le déclare invariable. Quid également d’un trait d’union ou d’un « comingout » en un mot que suggère Antidote, et, par extension le Grevisse [§177] quand il évoque la « composition » des mots, si l’on rapporte cela au Petit Robert qui rappelle que « coming out » est formé sur « to come out » et n’existe pas en tant que locution nominale en anglais ?

Je décide donc, au moins provisoirement, de considérer « coming out » comme un terme étranger et le mets en italiques. « Hum… Hum… » dirait la représentation tridimensionnelle de feu Jacques Lacan en feuilletant « Das Unheimliche » [***] en allemand dans le texte, confortablement installé sur son divan. Pauvre de moi !

Note : Pour les locutions latines, le Guide des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale indique que les italiques sont maintenus sur celles qui ne sont pas « francisées ». J’aurai l’occasion d’y revenir.

Note 2 : Michèle Chazeuil, une lectrice psychanalyste, me transmet les références exactes de l’article « Das Unheimliche » auquel je fais référence. Les voici donc :
En français : Freud Sigmund. « L’inquiétante étrangeté », in : L’inquiétante étrangeté et autres essais. Paris : Gallimard, 1985. Coll. Folio Essais. Pages 211 à 263.
En allemand : Freud Sigmund. « Das Unheimliche ». 1919. in : Gesammelte Werke, Tome XII. S. Fischer Verlag, 1947. Frankfurt am Main. Pages 241 à 274.
En bilingue : Freud Sigmund. L’inquiétante étrangeté et autres textes. Gallimard, 2001. Coll. Folio. Traduit de l’allemand et anoté par F. Cambon. Préface de J.B. Pontalis.


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[*Phrase extraite de Camellia rose, manuscrit, version 4, mars 2009.

[**On distingue en général le « coming out » de l’« outing », le second indiquant qu’un tiers révèle l’homosexualité de quelqu’un sans son approbation.

[***Il s’agit ici du titre d’un article en allemand (guillemets + romain). Si l’on considérait le terme allemand dont l’équivalent français est « inquiétante étrangeté », il s’agirait alors d’un terme étranger (italiques) mais également d’un concept qui peut réclamer aussi les italiques. Dans ce cas, on peut considérer que ce double italique ne s’annulerait pas en romain, le plus important étant ici de signaler le terme.


Information publiée le jeudi 14 mai 2009.

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