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Cy Jung, écrivaine — Communiqués

Sécurité intérieure : trop de police tue la police



Cy Jung — +7 : Sécurité intérieure : trop de police tue la police

Paris, 25 octobre 2016.

La tentative d’assassinat visant quatre policiers en service à Viry-Châtillon (Essonne) le 8 octobre dernier a révélé un malaise dans la police qui mène certains fonctionnaires à faire œuvre de désobéissance civile en manifestant masqués pour demander plus de moyens (en hommes et en matériel) et dénoncer le « laxisme » de la justice. Si Cy Jung se réjouit que certains agents dépositaires de l’autorité publique fassent la preuve de leur capacité à l’insoumission, elle ne peut manquer de s’interroger sur les modalités de celles-ci et sur les circonstances qui lui sont attachées.
La désobéissance civile implique que les personnes qui choisissent ce mode d’action politique assument les conséquences judiciaires de leurs actes. Ces policiers, qui semblent ne pas tous l’être, agissent à visage couvert, sans autorisation, en contravention avec l’obligation de réserve, et n’apparaissent pas prêts à assumer le caractère illégal de leurs manifestations. Il semble d’ailleurs qu’aucun policier n’ait cherché à faire appliquer la loi en s’opposant à ces rassemblements et en arrêtant les fauteurs de trouble. Est-ce là également une forme de désobéissance civile ? Le réflexe corporatiste vient plus volontiers à l’esprit.
Cy Jung remarque aussi une grande complaisance de la représentation nationale, du gouvernement et des plus hautes autorités administratives et judiciaires à l’égard de ces désobéissants. Comment ne pas demander une complaisance identique à l’égard des manifestants contre la loi travail, des syndicalistes d’Air France, des opposants à l’aéroport de Notre-dame-des-Landes, des réfugiés du métro La Chapelle ou de ces deux militants contre l’arme nucléaire arrêtés manu militari et placés en garde à vue plus de 24 heures pour quelques autocollants et des slogans à la craie apposés sur la façade du siège de l’UMP ?
Sans doute que ces deux militants, et tous les autres, menacent plus l’ordre public que ces policiers, armés puisque l’état d’urgence le leur en donne le droit hors service, qui manifestent dans l’illégalité ? Sans doute. Quant au manque de moyens et au « laxisme » des juges ? Ces arguments sont des marronniers sécuritaires que les faits et les analyses viennent facilement démentir. La surpopulation carcérale, par exemple, atteint 117 %. Par manque de places ou par excès de condamnation ? Si l’on s’appuyait sur le taux de condamnation des policiers ayant commis des violences illégitimes allant jusqu’au meurtre, on pourrait conclure au manque de places. La conclusion inverse pourtant s’impose.
Si elle ne souhaite pas mettre en doute les difficiles conditions de travail des forces de l’ordre, qui n’échappent pas aux restrictions budgétaires et à la culture du chiffre, Cy Jung s’inquiète de cette nouvelle surenchère sécuritaire qui met les policiers eux-mêmes en danger. Leur armement systématique, la violence dont ils font montre sur la voie publique comme dans la mise en œuvre des gardes à vue, la bienveillance de leur hiérarchie et de la classe politique ne peuvent que les exposer par ricochet à toujours plus de violence sociale et mafieuse. Pour protéger notre police, exigeons le retour à un état de droit et de liberté !

Note. Ce communiqué a été repris sur le blog « Entre les lignes entre les mots » ici.

Cy Jung, 25 octobre 2016®.

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