Blog — La Cocotte enchantée

[La Cocotte enchantée] Dernier dimanche



Cy Jung — [La Cocotte enchantée] Dernier dimancheOn se préparait à quarante jours de pénitence avant que Pâques ne nous délivrât et voilà que le malheur s’est abattu sur ce Carême comme s’il était l’heure pour nous d’expier deux ans de blasphème et d’impiété volontaires. Notre Cocotte enchantée, si chère Cocotte, est tombée de l’escabeau qui la portait le temps d’épousseter son Jésus, l’entraînant dans sa chute, le bougre empalant de son bras gauche son flanc droit. Rosalie a choisi l’Autocuiseur pour nous informer de la terrible nouvelle. Était-ce cela « le moment fixé » (Lc 4, 1-13) dont il était question dimanche dernier ?
Peut-être. Peut-être pas. Notre Cocotte est à l’hôpital et en convalescence pour de longs mois. Le blogue s’arrête brutalement. C’est Jésus lui-même qui en a décidé. Jésus ? Qui est-ce ? On ne l’a jamais bien su sauf à considérer qu’il est la morale et le fond culturel de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste, un peu comme le fond de veau est à la blanquette. On voulait s’en moquer, pour s’en démarquer, s’en départir, incarner une Cocotte enchantée catho, réac et lesbienne qui nous disait que ce monde est le sien et que le nôtre est à construire au-delà de nos certitudes de militants « de gauche » tant nous avons oublié l’idéal révolutionnaire qui devrait guider nos pas. La liberté.
Mais la Cocotte est tombée de l’escabeau, un peu comme l’auteure tombe des nues quand son projet littéraire s’épuise, quand la fiction est lue au premier degré au point d’en perdre son sens, quand le désir n’y est plus. La plume perse le flanc droit de l’auteure crucifiée par sa propre écriture et l’objet littéraire se fige. L’auteure verse une larme, son personnage est mal en point. Il n’est pas mort. Deux ans de repas en commun ne supporteraient une telle fin.
Soigne-toi bien, chère Cocotte ! On en aura dit des mots d’amour, grâce à toi ! On en aura cherché les voies de la joie en sondant les ressorts de ta foi. On en aura évoqué des horreurs de la vie, des bonheurs, des renoncements, des lueurs d’espoir, des envies de lendemain. Deux ans. Cela crée des liens. On n’oubliera pas la Cocotte qui est en nous, on n’oubliera pas non plus de nous en affranchir toujours et encore tant notre anticléricalisme laïcard n’a cessé de croître au fil de la lecture des Évangiles.
L’émotion est vive. Les larmes ne sont pas loin. Merci chère Cocotte enchantée de ces moments d’écriture, exercices de style parfois difficiles à tenir qui nous ont permis de nous interroger sur les idées toutes faites et de nous construire un radicalisme libertaire, écologique et féministe désormais à toute épreuve.
À bientôt, chère Cocotte ! On garde la batterie de cuisine. On aimait décidément ta jolie tambouille !
Merci.
Merci Jo, Rosalie, son amie albinos et Josette, et vous qui avez participé de vos commentaires. Prenez soin de vous. L’amour est dans le creux de nos mains. La joie y succède.
À plus !

Information publiée le dimanche 21 février 2016.

Version imprimable de cet article Version imprimable





Chronique précédente /
Retour à toutes les chroniques



Les vingt derniers articles publiés sur le site de Cy Jung sont ici





Si vous êtes éditeur,
découvrez les manuscrits de Cy Jung
ici.