Abécédaire lesbien (1999)

Parce qu’elle est notre identité autant que notre liberté, que vive la culture lesbienne !

I… infidèle



Cy Jung — I… infidèle

Ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est quand je passe un temps infini à tergiverser entre son pubis et ses seins. Ma main furète de-ci, de-là, infatigable, elle parcourt son corps de haut en bas, puis de bas en haut, de gauche à droite, puis de droite à gauche, en diagonale… Appuyée sur un coude, je regarde mes doigts et ma paume se mêler à sa peau, titillant un téton ou peignant quelques poils revêches, sculptant mon désir d’elle à même ses chairs les plus tendres. Mon épaule s’ankylose…
J’aime ses courbes, ses vallons et ses cluses, ses gorges et ses avens. J’aime ce décor naturel où ruisselle un mélange de sueur et de cyprine, ses dômes volcaniques qui recèlent une onde limpide… Je suis une promeneuse soucieuse de son parcours, entièrement vouée à la contemplation de cette masse de chair et de sang qui entre mes mains prend la consistance d’une matière fissile. Je suis une exploratrice qui peut voir, toucher, entendre. Je suis une étrangère à sa substance. Mes pensées vagabondent plus vite et plus loin que mes caresses ne sauraient le faire. Je m’invente des histoires pour nourrir mon désir de mots qui lui ressemblent. Une crampe m’arrache une grimace…
Je suis le Petit Chaperon rouge qui gambade dans le sous-bois. Je suis le Grand Méchant Loup qui aspire au petit pot de beurre bien frais. Je suis la Mère-grand qui aiguise ses si grandes dents. Et ma belle se repaît de ma tendresse. Je suis une abeille, elle est une marguerite. Je suis un artificier, elle est une bombe à retardement. Je suis une ogresse, elle est une horde d’enfants. Je suis, je joue. Elle est, elle jouit. Mon épaule est au bord de la rupture…
Ma main se fait intrépide. Mon esprit s’enivre de la conquête du ciel. Je construis une navette qui nous emmène au-delà des nuages, loin, là où les étoiles brillent. Je suis Youri Gagarine qui s’amuse de l’apesanteur. Je suis Neil Amstrong qui pose le pied sur la Lune et plante son drapeau, fier, vainqueur. Je suis un ingénieur à sa table de commande qui surveille l’orbite de Mir, l’ouverture des soutes d’Ariane et l’entrée dans l’atmosphère de Discovery. Et ma belle s’envole. Ma douleur est vive.
J’ouvre les bras, prête à la recevoir. Mon épaule se décontracte. Mes mains cessent leur promenade pour l’étreindre autant que faire se peut. Mon âme revient vers elle en même temps que son sourire atteste son retour sur terre. À nouveau, nous sommes unies, insouciantes de cette séparation, convaincues qu’elle n’a jamais eu lieu.
—  Bonjour…
—  Bonjour !
Qui peut prétendre ne jamais s’éloigner un peu ?

Cy Jung 1999®
Mise en ligne sur ce site le 11 décembre 2015.

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