D’un jour à l’autre

Travailleuse du texte



Cy Jung — Travailleuse du texte

Le 6 février dernier, j’étais invitée à la librairie Violette and Co pour assister à la remise du premier prix du Roman lesbien, prix créé à l’initiative du webzine République du Glamour.
Ce que les participants ignoraient, c’est que je devais y recevoir un prix dit d’« honneur » pour « l’ensemble de mon œuvre ». Je l’avais appris par mail, une dizaine de jours avant la cérémonie. La nouvelle m’a flattée, on s’en doute ; elle m’a surtout donné le sentiment que mon travail était reconnu en tant que tel et la suite des événements n’a fait qu’abonder dans ce sens.
Mes éditrices, d’abord, Anne et Marine Rambach, m’ont largement félicitée, arguant de mon mérite fort justement salué. Et puis sont venus les compliments de celles et ceux, auteurs, web-rédacteurs et responsables associatifs avec qui je suis en contact pour alimenter ce site et promouvoir mes ouvrages. En des termes particulièrement gentils, passées les félicitations d’usage, chacun a eu un mot pour associer mes livres et le reste de mes écrits à l’idée d’un travail.
Un travail. Serait-il enfin venu le temps où d’aucuns acceptent le fait que la création en général, littéraire en particulier, serait un « travail » ? Je me suis souvent prononcée en ce sens, revendiquant à la fois cette notion de travail pour faire la nique au soi-disant « génie créateur » qui viendrait frapper de sa mansuétude quelques élus et pour exiger d’être payée pour ce que je fais comme n’importe quel travailleur doit l’être.
En me remettant ce prix d’Honneur, Christine Lemoine, cofondatrice de la librairie Violette and Co, a passé en revue mes dix livres publiés, les présentant comme le produit d’un travail comportant chacun sa part d’innovation. J’utilise à dessein ce mot venu du monde industriel : j’ai été profondément émue par son propos ; j’ai eu le sentiment que tout ce que j’ai mis en œuvre pour valoriser l’écriture en tant qu’activité professionnelle faisait enfin écho sur la scène littéraire LGBT.
L’expression pourra faire sourire : « la scène littéraire LGBT ». C’est vrai qu’elle n’est guère vivace bien que tous les jours, les éditeurs lesbiens et gays découvrent de nouveaux auteurs et proposent toujours plus de livres. Le débat, les échanges, les polémiques, pourquoi pas, manquent : cela permettrait plus de visibilité et sans doute l’éclosion d’un échange intellectuel qui profiterait à nos revendications homosexuelles. Le peu de crédit professionnel qu’il est coutume d’accorder aux auteurs LGBT dont la littérature serait forcément « sotte » puisque « communautaire » n’est sans doute pas étranger à ce vide. J’aurai l’occasion d’y revenir…

Cy Jung — Travailleuse du texteEn attendant, je remercie celles et ceux qui, petit à petit, succombent à l’idée que je serais une travailleuse du texte. Cette expression, dont la proximité phonétique avec une autre n’échappera à personne, m’est venue au moment de la mise en ligne de la nouvelle version de ce site. J’avoue, je n’ai pas osé l’utiliser dans le bandeau ; par la provocation qu’elle contient, elle pourrait autodétruire mon intention.
Je l’utilise pourtant aujourd’hui, comme je l’ai utilisée chez Violette and Co, fière de tapiner au bord des lignes, attrapant les mots au passage, négociant le prix de chacun pour qu’il vienne enrichir le texte de son sens ou le dévoie, c’est selon. Je suis une travailleuse du texte. Allez ! venez… Ce n’est pas cher : 5 euros le rose ; 19 le témoignage ! Allez…

Cy Jung, 25 février 2009

Lire les éditos précédents.

Information publiée le mercredi 25 février 2009.

Version imprimable de cet article Version imprimable



Article précédent / Article suivant
Retour à tous les articles



Les vingt derniers articles publiés sur le site de Cy Jung sont ici





Si vous êtes éditeur,
découvrez les manuscrits de Cy Jung
ici.