Jeux textuels, ateliers et performances

Performance — Restitution : Cent mots pour « Écrire dans les pas de Geneviève Pastre »

De 2013 à 2014 : Quand les amours s’embobinent.



Cy Jung — Geneviève PastreCineffable, festival international du film lesbien et féministe de Paris, Quand les lesbiennes se font du cinéma et Cy Jung ont souhaité honorer l’écriture et l’engagement de Geneviève Pastre, décédée le 17 février 2012. Après une performance animée par Cy Jung le 31 octobre 2013 (ici), les festivalières du 25e festival ont donné cent mots qui devaient permettre à Cy Jung d’écrire un texte. Une invitation à l’écriture (là) a été lancée sur Internet afin que la bobine roule et s’enroule de nos amours.

Le texte de Cy Jung, écrit le 14 décembre 2013, a été lu lors de la cérémonie d’ouverture du 26e festival le 30 octobre 2014 par Candice Carmassi, comédienne, après que Patricia de Cineffable ait lu la citation de Geneviève Pastre qui en était le détonateur. Un joli moment de partage comme Cy Jung les aime. Les textes envoyés suite à l’invitation à l’écriture ont été affichés à l’espace Reuilly et sont désormais en lecture sur le site de Cineffable.
Cy Jung remercie très chaleureusement Patricia et l’équipe de Cineffable pour son accueil et son engagement pour que vive l’écriture, Candice Carmassi pour sa lecture, les festivalières et les auteures des textes envoyés. Et merci à Geneviève Pastre pour ce qu’elle nous a donné à lire et à partager au plus intime du texte.

Vous trouverez ci-dessous les cent mots des festivalières qui ont servi de prétextes à l’écriture (ici), le texte de Cy Jung précédé de quelques lignes d’introduction () et les liens sur les textes envoyés à Cineffable (lala).

Petit rappel liminaire
Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.

Les cent mots prétextes à l’écriture

Accroche. Accroche-cœur. Aigrette. Aimée & Jaguar. Aimer. Azur. Butch. Callipyge. Caressefil. Censurer. Cerise. Chair. Chance. Chavirer. Chevelure. Clapotis. Corps. Couleur. Cyprine. Danser. Détendre. Détours. Dévorer. Doigt. Donner. Dormir. Douceur. Drap. Drapeau. Éclair. Éclairer. Éclater. Effleurer. Embobinette. Enlacer. Entortiller. Étoile. Fièvre. Fil. Filles. Fils. Fourrure. Frôler. Gâteau. Geneviève. Intensité. Intimider. Jalousie. Jouir. Lesbonophiler. Livre. Lumière. Main. Maux. Mémoire. Miauler. Miroirs. Moiteur. Mouchoir. Mystère. Nuit. Obsidienne. Oiseau. Partager. Passion. Peau. Peloter. Perdurer. Perle. Photo. Plénitude. Rage. Réaliser. Regarder. Rencontrer. Résister. Ressentir. Rêve. Révolte. Rougir. S’emboîter. S’enhardir. Schiste. Se faufiler. Se reconnaître. Sensualité. Sérendipité. Sourire. Taquiner. Tempête. Tendresse. Trahison. Train. Troubler. Velours. Vent. Vie. Vouloir. Yeux. Zemblanité.

Le texte de Cy Jung

« Pour écrire ce texte de fiction « dans les pas de Geneviève Pastre » avec ces cent mots que m’ont donnés les festivalières de Cineffable, j’ai choisi de partir d’une citation de Geneviève Pastre, une citation empreinte de désir, une citation « un peu longue » comme me l’a décrite Patricia de Cineffable au moment où nous avons choisi les phrases pour la performance du 31 octobre 2013. « Me voici donc avec cent mots, un incipit que se partagent Geneviève Pastre et Patricia, et nos amours qui s’embobinent. Cela fait beaucoup de jouissance attendue. N’attendons plus. »
Cy Jung, 14 décembre 2013.

Cy Jung — Performance — Restitution : Cent mots pour « Écrire dans les pas de Geneviève Pastre »

« Je savais que j’aimais le corps, la grâce, le visage féminin. Je fus apparemment vaincue aux alentours de mes 24 ans. Je me débattis exactement comme quelqu’un se noie. Et depuis lors, c’est une joie constante, en dépit des douleurs que comporte toute vie, en même temps qu’un sentiment de force inaltérable de m’être trouvée, d’avoir trouvé les femmes, et de savoir que c’est ce qui me fait vivre, agir, penser, rire, écrire, aimer et, du même coup, pouvoir penser le monde. » [*]


— Celle-ci, je sais qu’elle est trop longue. Mais elle me parle tellement ! [**]
Trop Longue ? Elle m’apparaît pourtant si peu bavarde, obsidienne pour sûr, quand la nuit lèvera ses mystères, mais bavarde, non, elle ne l’est pas. C’est d’un simple sourire qu’elle me taquine… Veut-elle que l’on s’enlace ? Elle a ses chances. Mon fils est chez la nourrice et, d’emblée, son accroche me trouble. Autant dire que je ne suis pas loin de prendre ce qu’elle veut me donner. Pourquoi me censurer ? Ma cerise est en révolte.
Elle m’interpelle :
— Il ne sert à rien de lesbonophiler ! Portons haut le drapeau de la zemblanité, et l’embobinette cherra !
Je ne comprends pas. Je rêvais d’une butch qui me peloterait sans détour et me voilà troublée par un petit oiseau fragile qui me parle de plénitude avec des mots aussi délétères que le gaz de schiste ! Elle poursuit.
— La sérendipité ! Tout est dans la sérendipité ! Tiens, prends ce caressefil, oublie ce que tu sais de la douceur, dévore ma fourrure, et nous tisserons fil après fil de la pure essence de filles.
De la cyprine ? Avant de m’enhardir, je dois me détendre. Je respire. Elle me sourit toujours. Je résiste, un peu, puis en un éclair, je réalise ! Geneviève. Un livre. Sa main qui vise mes rondeurs callipyges. Ses seins qui sont deux étoiles et m’intimident. Tout y est. C’est parti ! On s’emboîte. Je m’emballe. Elle me déballe. Je m’entortille. Mon corps vacille, mon ventre, ma poitrine. Sa chair, du train à l’accroche-cœur, me soulève. Je déploie mes ailes, ses yeux en miroir, et me voilà, l’aigrette ébouriffée, aussi nue qu’Aimée devant Jaguar au premier jour. Je miaule. Je rougis. Ma mémoire fait défaut. Je la regarde et je me reconnais.
Ma peau enfin frise sous le clapotis de sa chevelure. Nous nous frôlons dans la moiteur de nos draps. Nos doigts se faufilent à la vitesse de la lumière. Ô ! sensualité. Ô ! tendresse, mon amie. Sa vulve est de velours ; j’en dénoue les fils. Je tisse, je carde jusqu’à ce que le vent ne nous emporte. Je chavire. Elle danse. Son sexe a la couleur de mon plaisir, la flaveur aussi. Il m’éclaire. Jouir. L’intensité de notre désir perdure au-delà de la photo souvenir. Jouir, encore, c’est cela, jouir ! Cela se ressent à la vie, à l’amour. Cela, et tout le reste.
Jouir ? Mais quelle est cette fièvre qui soudain se fait rage, cette passion qui vire à la tempête ? Que veut-elle à présent ? Pourquoi faut-il qu’il soit question de trahison, de jalousie, même ? Les maux brouillent l’azur. Je sors mon mouchoir. Mais que se passe-t-il ? Le rêve serait-il fini ? On s’est rencontrées, effleurées, aimées, éclatées et voilà qu’elle me propose de dormir alors que l’on a à peine partagé le gâteau que j’avais apporté.
Dormir ? À la réflexion, c’est toujours mieux que d’enfiler des perles.

Cy Jung — Performance — Cent mots pour « Écrire dans les pas de Geneviève Pastre »

Les textes envoyés à Cineffable

Dix femmes ont envoyé un texte à Cineffable, texte écrit avec les cent mots qui nous embobinent de l’amour (en barre).

La cerise sur le gâteau, de Catherine Péanne Sans titre, de Ta Nouchka Sans titre, de Cathy Sous la dent, de Laure de Sel Sans titre, de La Crapule Sans titre, de La Crapule [La même ? Une autre ? Une gourmande ? NdCy] Pas d’âge pour cent mots, de Catherine Reby Insomnie, par Céline Jacquier Sans titre, par Marie pour nulle part Sans titre, par Laurence Aimée

Ces dix textes sont en lecture ici.

Cy Jung — Performance — Cent mots pour « Écrire dans les pas de Geneviève Pastre » / textes

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Les ateliers d’écriture et jeux textuels de Cy Jung sont ici, les performances, là.
Et pour l’inviter, c’est (ouh)lala !


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[*Geneviève Pastre, Une femme en apesanteur, Balland, 2002.

[**Commentaire de Patricia de Cineffable dans la sélection qu’elle a faite des phrases de Geneviève Pastre qui allaient servir d’incipit à la performance du 31 octobre 2013.


Information publiée le mercredi 19 novembre 2014.

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