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Des ou de devant un nom précédé d’un adjectif



Cy Jung — Des ou de devant un nom précédé d'un adjectif

Ma phrase [*] : Vous pourrez y rencontrer de nombreuses auteures, dont Cy Jung, vous faire dédicacer vos livres, vous en acheter de nouveaux, participer à des débats…

Alors que je rédige cette News, je me pose une question un peu idiote, tant j’ai croisé des milliers de fois cette configuration sans me la poser : dois-je écrire « de nombreuses auteures » ou « des nombreuses auteures », « de nouveaux » ou « des nouveaux » ? Je note ma question et la retrouve le même jour quand je travaille ma nouvelle en [e-criture], « [[#18] Le papillon qui vit dans ma cuisine (V-01) », « Ils sont trois : un ne vend que des produits industriels qu’il reclasse avec des fausses étiquettes ; (…) » (ici). « De fausses étiquettes » ? Il est temps que je cherche la réponse.

Je me tourne d’abord vers Antidote en utilisant les correcteurs. J’y passe ma phrase avec « des fausses étiquettes » ; Antidote me le signale comme « familier » et me propose « de fausses étiquettes ». Et il précise « À l’écrit, on utilise plutôt de que des devant un nom précédé d’un adjectif. On écrit donc : de fausses étiquettes et non des fausses étiquettes. » Je corrige et poursuis mes investigations.
Je regarde l’article de la grammaire correspondant d’Antidote. Aucun doute n’est permis. « Quand un adjectif s’insère entre le déterminant des et un nom, le des se transforme habituellement en de dans la langue écrite, contrairement à la langue parlée qui conserve le des. Dans ce contexte, le nom qui suit est nécessairement pluriel puisque derrière ce de se cache un des transformé. » La règle semble donc acquise.

Munie de mon compte-fil et de la loupe de l’iPad, j’essaie de lire ce qu’en dit le Grevisse (mais quand est-ce que le téléagrandisseur de la bibliothèque sera réparé ?) L’article « de (d’ devant voyelle) article indéfini ou partitif » [§584] ne dit guère plus qu’Antidoe. La remarque historique indique que l’usage n’a jamais été complètement figé. Grevisse signale également que lorsque « l’adjectif forme avec le nom une locution », « des » est maintenu : « des bons mots », « des petits bourgeois » avec néanmoins des « hésitations », pour « de bons mots », toujours.
On rencontre également « de » au singulier à la place de « de la », « du » ou « de l’ » à l’écrit, mais jamais à l’oral. Les exemples proposés sont surprenants : « de bonne viande de boucherie », « de bonne bière ». J’aurais envie d’y mettre un pluriel et me rappelle qu’Antidote précisait, sans que je n’en comprenne alors la raison « Pour vérifier si le pluriel est requis, il suffit d’enlever l’adjectif qui est inséré entre le de et le nom. Si le de reprend spontanément la forme des, le groupe de mots doit être pluriel. » ; je mettrais en effet « de la viande » et non « des viandes ». Idem pour la bière.
Grevisse consacre le reste de cet article aux « adverbes de degré », « assez, beaucoup, combien, moins, plus, trop, etc. »). Dans ce cas, on utilise également « de » : « bien peu de fruits vermeils ». Je l’aurais fait spontanément. « Bien » semble faire exception à cette règle. Je vous renvoie au Grevisse pour plus d’informations et notamment à son dernier point consacré aux subtilités du passage à la forme négative. Je verrai ça le jour où j’en aurai besoin.


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[*Phrase extraite de « N’oubliez pas le Salon du livre lesbien au Centre LGBT Paris-IDF ! » (ici), dans la rubrique En ce moment de ce site, 2 juillet 2014.


Information publiée le jeudi 24 juillet 2014.

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