Jeux textuels, ateliers et performances

Jeu textuel — « Lendemain d’anniversaire »

« Le texte dans tous ses états » — Rencontres et jeux autour du texte



Cy Jung — Jeu textuel — « Lendemain d'anniversaire »

Jeu textuel, jeudi 8 août 2013, 19 heures.
Bibliothèque du Centre LGBT Paris-Île-de-France.

Le pôle bibliothèque du Centre LGBT Paris-Île-de-France a invité Cy Jung, écrivaine, à animer cet été 2013 plusieurs rendez-vous autour du texte, de l’écriture et de la culture LGBT. Ces quatre semaines sont présentées ici. Le premier de ces rendez-vous était un atelier d’écriture autour des incipit d’auteurs LGBT (ici) ; le troisième de ces rendez-vous était un jeu textuel « Lendemain d’anniversaire », avant tout jeu pour que chacun se sente à l’aise pour écrire.
Treize personnes étaient présentes. Voici une présentation de cette soirée, le principe de ce jeu (ici) et les textes écrits (), avec en complément un texte d’Isabelle qui a voulu se prêter à l’exercice (lala) et un texte de Cy Jung qui vous réserve ici une nouvelle facétie littéraire (lalala).

Cy Jung remercie chaleureusement le pôle Bibliothèque du Centre LGBT pour son invitation et son accueil. Merci également à Isabelle pour ses retranscriptions et sa présence toujours bienveillante à ces ateliers. Et merci à vous toutes et tous pour le partage de vos écritures.

Principe de l’atelier.

Cy Jung — Ca nous promet une belle soirée !C’est le jubilé de Cy Jung, cette année, elle a eu cinquante ans il y a deux mois. Pour fêter cela, elle vous propose de travailler à partir d’un recueil de nouvelles, Dix ans, ça se fête ! publié par KTM éditions en 2008 ici. Ce recueil rassemblait les textes de dix auteurs ayant publié un roman chez cet éditeur les dix premières années de son existence : Anne Alexandre, Frédérique Anne, Cécile Bailly, Véronique Bréger, Cécile Dumas, Axelle Mallet, Tatiana Potard, Daria Rossi, Nathalie Vincent, et Cy Jung.
Vous pouvez retrouver ces auteures ici.

Ces textes étaient écrits à partir d’une consigne très précise : la scène devait se dérouler sur un bateau, à l’occasion d’une fête d’anniversaire. Mais la fête est finie… Lors du premier atelier, le 25 juillet dernier, les participants ont écrit à partir des incipit (les premières phrases) de romans homosexuels par leur sujet ou leur auteur ; là, nous allons travailler à partir des dernières phrases de ces dix nouvelles, puisque nous sommes le lendemain. Cela s’appelle des « explicits »… le terme est peu usité mais après vérification, il semble que cela soit le bon. Contrairement à « incipit », qui est directement un mot latin, il est variable. Un article du LexCy(que), « Inplicit et explicit », vous en dit plus ici.
Après avoir distribué à chacune et chacun un explicit, sans en préciser l’auteure, les phrases sont lues par leur nouveau propriétaire avec pour charge supplémentaire de donner, là, tout de suite, trois mots (deux noms et un verbe) que cette phrase leur inspire. Les mots vont constituer un corpus qui sera utilisé plus tard.

Cy Jung — Mathilde je l'ai rencontrée dans un trainUne fois le tour fait, les participants sont invités à écrire la phrase qui suit immédiatement celle qu’ils ont sous les yeux, une phrase qui amorce l’histoire à suivre (et sachant qu’une phrase se définit comme commençant par une majuscule et se terminant par un point). Pour expliquer ce premier exercice, Cy Jung prend comme exemple la dernière phrase de Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train. C’est : « Marcher me fera du bien. » Comme phrase qui suit, pour démarrer une nouvelle histoire, elle propose… « Marcher me fera du bien. Et puis quoi encore ? » ou « Marcher me fera du bien. Courir tout autant. » « Marcher me fera du bien. Mais j’ai envie de rester au lit, là, près de toi. » Dans ces trois exemples, la suite ne sera pas la même, dans l’esprit, comme dans l’histoire que l’on peut attendre, préméditer avec cette seconde phrase qui s’emboîte dans la première.
Les participants ont deux minutes pour écrire cette seconde phrase.
Après une petite discussion autour de cet exercice, Cy Jung présente la suite du jeu : « donner le papier sur lequel vous avez noté l’explicit puis votre phrase à votre voisine voisine ». Chacune et chacun disposent désormais de deux phrases, qui forment le début d’une histoire. Quelle histoire ? C’est le but de l’écriture, la continuer, en utilisant au moins cinq des mots du corpus. Mais, comme de bien entendu, Cy Jung ne veut pas n’importe quelle histoire ! Elle veut une histoire qui parle d’un anniversaire d’où l’érotisme et le désir ne sont pas absents. Elle demande enfin de limiter les textes à une quinzaine de lignes afin de faciliter les échanges à suivre.

Le jeu se termine par une lecture des textes, avec un échange sur l’histoire préméditée par celles ou celui qui a donné la deuxième phrase et l’histoire effectivement écrite.

Voici les mots.

Aimer. Blesser. Blouse. Casser. Catastrophe. Chérie. Choisir. Colline. Courir. Crépuscule. Début. Déchirer. Décor. Dentelle. Embrasser. Exclamation. Exclamer. Fidélité. Gare. Hirondelle. Impasse. Jouer. Lèvre. Lunette. Mer. Nager. Piéton. Plaisir. Planter. Putain. Relation. Rencontre. Répartie. Répondre. Route. Scène. Souvenir. Tuer. Urine.

Les textes écrits.

Tous les participants ont accepté la reproduction de leur texte sur ce site. Les voici donc, avec l’incipit comme première phrase. Son auteur et le roman concerné seront indiqués à la fin de chaque texte.

Petit rappel Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici. Note : les explicits et la phrase donnée par les voisines voisines sont indiqués en italiques.

&

Il lui tendit la main pour l’aider à rejoindre la terre ferme. Autour c’était le ballet des pompiers et des ambulanciers. Ben ouais mon chéri a choisi de fêter son putain d’anniversaire en mer sur une barque, ça m’avait saoulé. Gare à la catastrophe, je ne savais pas nager. Je voulais me casser. Et voilà ce débarquement au crépuscule au milieu d’une scène de pompiers ! Fi de ma fidélité. Un ambulancier à lunettes, la blouse entrouverte déchira le décor de flonflons se planta là, sorti son engin d’où jaillit un bouillant jet d’urine.
Que choisir ? S’exclamer ? Jouer ? Le tuer ?
Je choisis de l’embrasser.

Roger [Explicit de « Brève rencontre », Anne Alexandre.]

&

Au final, une soirée d’anniversaire se soldait par de singuliers projets en perspective à de nouvelles aventures. Mais cela ne me tente en aucune manière. Je me lève, je mets mes lunettes, me dirige à pas de loup vers le lavabo. L’hôte du bœuf, du haut de ses 35 ans ronfle gaiement, sans toutefois couvrir les petits gémissements de Nathalie et sa chérie Sophie si attirante. Je rince une tasse, pas envie de commencer la journée avec du champagne. Catastrophe Sophie nue sous sa blouse arrive telle une hirondelle. Putain l’impasse je m’exclame. Fi de fidélité causons, aimons cette aurore batifolante. Je passe mes bras autour de sa taille, tend me lèvres sur son cou duveteux. Grâce ! elle s’agrippe à ma chemise qu’elle déboutonne patiemment tandis que Nathalie amusée vient faire sa gamme dans notre concerto enchanteur.

Mitia [Explicit de « Examen de passage », Véronique Bréger.]

&

Je vous quitte le sourire aux lèvres, toutes les lèvres…
Ton corps est une bouche gourmande dont je me rassasie.
Notre rencontre sur ce quai de gare a été le début de notre relation. Putain ! 10 ans déjà ! Je te revois plantée dans un décor de catastrophe, au crépuscule de ton cinquantième anniversaire… Allongée nue sur ton lit, recouverte de dentelle, tu jouais avec une hirondelle trouvée sur une route de bord de mer. Je mourrais d’envie de t’embrasser en voyant ta lèvre frémir…

Gazelle des sables [Explicit de « Le retour de la Sex Addict », Tatiana Potard.]

&

Je bifurquai. Je ne savais pas qui je rencontrerai au bout du chemin. Je n’avais que mes sens pour me guider dans cet appartement plongé dans le noir. Une succession d’impasses et de routes sans issue. Je tentais comme je pouvais de rejoindre la chambre à coucher, vêtue d’un masque en dentelle et d’une simple blouse en soie. J’aimais cet accoutrement de putain. J’aimais ce rôle que je devais jouer. Un cadeau d’anniversaire digne de mon jubilé. Le contact de la soie sur mes tétons me procurait un plaisir pour lequel toute femme pourrait tuer. Je ne pouvais m’empêcher de me mordre la lèvre, assaillie d’images de ce qui m’attendait. Des souvenirs de scène SM et d’odeur d’urine.

Jonathan [Explicit de « Émois, et toi ? », Cécile Bailly.]

&

Je bifurquai.
Un chemin rocailleux s’ouvrait devant moi…

C’est ici, dans cette gare déserte et perdue que j’allais enfin goûter au plaisir interdit.
Je la revois encore danser et faire virevolter sa robe en dentelle.
Cette mystérieuse inconnue.
Mais bordel qu’est-ce qui m’a prise de l’embrasser ?
J’étais comme prisonnière de ses mains, de sa langue.
Moi si sérieuse, la reine de la fidélité, une relation de dix ans.
Je courrais à la catastrophe. Pourquoi ? Bordel, une rencontre sans intérêt, un plaisir d’une nuit.

Desye Jonathan [Explicit de « Émois, et toi ? », Cécile Bailly.]

&

— Je ne te le fais pas dire !
Je vois que nous sommes sur la même longueur d’onde.

Comme dans ce souvenir de son anniversaire raté. Enfin en tout cas la fête donnée en son honneur elle ne l’a pas vue car l’essieu de sa voiture s’était cassé et elle avait fini plantée dans le décor au pied d’une colline. Devenue piéton, elle avait couru jusqu’à la ville la plus proche et avait fait une rencontre au bout d’une impasse. La silhouette portait une blouse. Alors qu’elle craignait de se faire tuer, l’autre avança et révéla ne porter que de la dentelle sous son vêtement.

Mélanie [Explicit de « Qui est qui ? », Axelle Mallet.]

&

Entre deux gares (Titre rajouté par l’auteure)
— Comment tu la connais ?
— Je t’en pose des questions !

Il s’agissait de Viviane la prof de karaté. Pas sympa la nana. Quelle idée d’avoir invité les filles de son cours pour son anniversaire. Et maintenant elle attendait le RER B pour Anthony, toujours en retard ou en grève, un bref coup d’œil à sa montre. Elle n’allait pas être en avance et Fabien allait lui faire une scène. Leur relation tournait à la catastrophe. C’est alors qu’elle la vit sur le quai opposé, RER A. Viviane la jolie rousse de son cours et surtout le souvenir du cocktail entre copines pour l’anniversaire d’hier. Viviane avait attendu le départ de tous et puis elle lui avait proposé de lui montrer une prise. Elles avaient atterri sur le lit. Le trouble qui d’un coup l’avait saisie. Dans les bras l’une de l’autre. Dans la psyché se réfléchissaient leurs deux corps, laiteux contre doré, comme un abricot parfaitement en harmonie.
Complémentarité parfaite. Sa fleur s’était ouverte pour elle et avec délice elle avait goûté à son pistil et dégusté sa sève. Étrange sensation d’être emportée dans un maelström d’émotions. Et puis ce feu au creux de ses reins qui montait par vagues successives et qui l’avait laissée pantelante de bonheur. Les gens la bousculaient, la rame arrivait dans l’autre sens aussi. Elle voyait déjà le décor. Fabien allait encore lui demander d’où elle venait à cette heure, si mesquin, si jaloux. Ils allaient encore se déchirer. Les portes s’ouvraient. D’un coup elle se rendit compte qu’ils ne s’aimaient plus. Elle court comme une folle vers le quai opposé. : « Viviane » sa voix légèrement tremblante. Elle était déjà dans la rame, n’avait pas entendu sa voix dans le brouhaha. Le signal de fermeture, les portes qui claquent et Armelle s’est envolée d’un bond. Elle a réussi à passer. Elle a choisi. Elle donne des coups d’épaule. Viviane s’est tournée vers elle. Elle lui sourit et leur baiser sous le regard de l’assistance médusée.

Morgane M. [Explicit de « Touche étoile, touche dièse », Frédérique Anne.]

&

Mais je ne sais pas lequel. Choisir, ça jamais !
Car chaque fois que je t’aime, c’est notre anniversaire.
Rencontre érotique dans une gare au crépuscule.
L’hirondelle de ton plaisir déchire la dentelle de ma lèvre.
La catastrophe c’est que le souvenir trace une route de fidélité.
D’urine en colline mes lunettes mettent en scène la réponse à tes exclamations.
Le débat met sa blouse de putain pour choisir où t’embrasser et t’aimer sans rien casser juste répondre à ta nage tranquille et construire notre relation bien loin de l’impasse.

Micheline [Explicit de « Quai des brumes », Cécile Dumas.]

&

Un scénario mettant en scène de drôles de personnages.
Mais un scénario où tout reste à écrire.

Un décor prêt à être planté.
Une impasse au crépuscule avec un piéton isolé. Un piéton que l’on tuera peut-être. À moins qu’il ne soit déjà mort. Oui, il est mort et son cadavre raconte l’histoire. Un corps narrateur dans une impasse du crépuscule. Un décor hollywoodien. Et si ce n’était pas un meurtre mais un banal accident. Il a retrouvé son aimée sur le quai de la gare Montparnasse : « Chérie tu m’as tellement manqué ».
C’est l’anniversaire de leur rencontre. À moins que ce ne soit celui de leur première nuit. Il ne sait plus. Il a toujours du mal à se souvenir des dates. Ils sont déjà dans une chambre d’hôtel, ils sont pressés. Il déchire sa blouse, s’empare de ses lèvres. Elle se laisse faire comme une putain jouant le plaisir. Il aime ça, c’est le cadeau qu’elle lui fait. Ça et le gâteau qu’elle a apporté. Elle l’a choisi, un fraisier avec de la crème chantilly sur le dessus en couche épaisse. Il apprécie l’attention. C’est confortable. Il a la tête dedans, ses lunettes se sont cassées. Il a l’écume aux lèvres. Elle l’a tué. C’est un meurtre finalement.

Chrystèle [Explicit de « Que sera, sera », Daria Rosi.]

&

Je vous quitte le sourire aux lèvres, toutes les lèvres…
Vos baisers et vos tendres doigts vont me manquer.

Tu voulais me faire plaisir pour mon anniversaire.
Notre relation était une impasse.
Je trace la route.
Ça arrive de se planter.
Ça nous aura fait des souvenirs.
Et tu viens encore m’embrasser.
Mais c’est fini de jouer.
Moi je t’aurai aimée.
Tu pourras me traiter de putain !

Magali [Explicit de « Le retour de la Sex Addict », Tatiana Potard.]

&

— Je ne te le fais pas dire !
Pourtant quand on partit, la route était déserte.
Nous roulions depuis un moment, le crépuscule embrasait les collines alentour. Tu conduisais silencieuse. Je sentais ton parfum, j’étais bien, je me suis tournée vers toi pour te regarder. Ton chemisier, dont tu n’avais pas fermé les deux premiers boutons, me laissait entrevoir ton soutien-gorge en dentelle. J’ai eu soudain envie de t’embrasser. Tu savais parfaitement l’effet que ce soutien-gorge me ferait, qu’il m’évoquerait forcément la soirée d’anniversaire de Fabienne. Souvenir douloureux.

Marjorie [Explicit de « Qui est qui ? », Axelle Mallet.]

&

Ta gueule ! Elle pue ta gueule. Comment veux-tu avoir du plaisir à te souhaiter un bon anniversaire, dans ces conditions. Je ne peux envisager qu’une scène catastrophe à notre rencontre. Je nous imaginais nous rencontrer au crépuscule dans une gare de province et là nous aimer et répondre aux désirs et plaisirs de l’autre, mais putain, chérie que choisir après ça. S’exclamer qu’un avenir érotique n’est pas possible entre nous : la colline aux hirondelles ne verra pas le début d’une histoire d’amour qui aurait pu être un souvenir.

Jo [Explicit de « Ça nous promet une belle soirée ! », Cy Jung]

&

15 mai 2009, fin ou début de l’histoire ?
Dans les bras de Guillaume, j’avoue que je ne le sais pas encore.

Dans les bras d’Éléonore, tout est encore possible. Cette fête d’anniversaire s’annonce riche en surprises. Le crépuscule est tombé sur la colline. Le monde est une scène ! Au diable les mauvais souvenirs, au diable la fidélité ! La nuit sera consacrée au plaisir.
Tu viens, chérie ? J’aperçois ton sein pur sous ta blouse évasée. Viens derrière ce buisson, allons retrousser tes dentelles.
Je t’aime. Chérie, où es-tu ? Embrasse-moi. Deux silhouettes s’éclipsent derrière les décors. Je ne joue plus. Attendez-moi, mes hirondelles. Catastrophe, Éléonore est partie avec Guillaume.

Eva [Explicit de « Intersaison », Nathalie Vincent.]

Le texte d’Isabelle.

Je bifurquai.
Ta mère chérie venait de me lire ta lettre à laquelle nous ne pourrions plus répondre, tes derniers mots. « Je t’embrasse si fort que j’en pleure. Ton fils, Pierre, déjà mort pour la France. » Je quittais le sentier vers la colline pour courir vers la mer. J’aurais voulu nager et oublier, mais je ne pouvais que penser à notre dernière rencontre dans cette gare. Cette scène et ce décor me hantent toujours et sont bien plus réels qu’un souvenir.
Nous savions que notre monde allait à la catastrophe. Nous avions choisi de ne pas fuir et affronter la guerre. Ta fidélité à la vie tout entière te poussait à accepter ta mobilisation et prendre le risque de te faire tuer pour que de nouveau des enfants puissent jouer dans la dentelle et s’émerveiller du vol des hirondelles.
Nous nous sommes aimés une dernière fois. Ce plaisir arraché à ton départ au crépuscule, ma verge dans ta bouche puis ta queue plantée en moi, dans les odeurs d’urine, ton souffle couvrant les exclamations des piétons et les cris des putains s’exclamant en écho. Tu allais prendre la route. Nous savions que ce serait sans doute une impasse, un piège sans retour. J’irai de nouveau soigner ces corps blessés, ces gueules cassées avec ma blouse déchirée couverte de sang et mes lunettes rafistolées en luttant pour ne pas t’imaginer entre les mains d’un autre médecin là-bas sur le front.
Noter relation était plus forte, plus belle même qu’au début. Sur mes lèvres, tu as déposé un ultime baiser, aucune répartie ne me venait.
Et je pleure si fort de ne plus pouvoir t’embrasser.

Isabelle [Explicit de « Émois, et toi ? », Cécile Bailly.]

Le texte de Cy Jung.

Cy Jung — Once upon a poulette Cy Jung — Es ist aine PouletteLes dix explicits de ce livre ont été utilisés, certains deux fois. Cy Jung avait donc le choix. Elle a fait celui de continuer sa propre nouvelle, « Ça nous promet une belle soirée ! », où l’on retrouvait Jeanne et Zoé.
Voici donc un texte tout à fait improbable, su fond d’anniversaire et de désir déchu, Jeanne et Zoé ne pouvant être ces deux-là… D’autant plus improbable qu’un emmêlement de fichiers a fait que Cy Jung n’avait que les noms communs du corpus pour écrire son texte. Elle qui n’aime que les verbes ! C’était bien sa fête !


Les noms, donc.

Blouse. Catastrophe. Chérie. Colline. Crépuscule. Début. Décor. Dentelle. Exclamation. Fidélité. Gare. Hirondelle. Impasse. Lèvre. Lunette. Mer. Piéton. Plaisir. Putain. Relation. Rencontre. Répartie. Route. Scène. Souvenir. Urine.


Et le texte…

— Ta gueule ! Je n’en peux plus de t’entendre jacter depuis des heures.
— Tu n’en plus plus ? Gare à toi, chérie ! Ne me fais pas une scène et retiens tes exclamations exaspérées. Tu ignores la fidélité et tu nous pousses à la catastrophe, même avec toute cette dentelle sous ta blouse ! Ça pue la vieille urine, je n’ai plus de plaisir. Réflexion faite, notre relation est repartie dans le décor.
— Mais putain ! On a déjà fait un bon bout de route ensemble ! Tu te souviens, au début, notre rencontre, la maison sur la colline, l’amour au crépuscule, les hirondelles jusqu’au bord de la mer, ce piéton qui nous a surpris dans la voiture, les…
— Laisse tomber. On est dans une impasse. Je m’en tape des souvenirs. Remets tes lunettes, ravale tes lèvres pulpeuses, et tire-toi. C’est fini.
— Que je me tire… ? Salope !

Cy Jung, 29 août 2013.

Les comptes rendus de tous les ateliers animés par Cy Jung sont en lecture ici.

Petit rappel Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.

Information publiée le mardi 3 septembre 2013.

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