D’un jour à l’autre

Si j’étais humaine, je serais… Nègre ?



Cy Jung — D'un jour à l'autre : Si j'étais humaine, je serais… Nègre (...)

Note liminaire (16 octobre 2013) : J’avais appris que les « Noirs », les « Blancs » et les « Jaunes » s’écrivaient avec une capitale initiale. Mais ce que l’on apprend doit parfois être mis en question. Je vous invite donc à lire cet article du LexCy(que) que je modifie ce jour (ici) et à retirer de vous-même les capitales intempestives. Je trouverais peu convenable de le faire moi-même même si je les conteste aujourd’hui. J’aime l’idée que la pensée de chacun puisse évoluer, la mienne comprise, tout en assumant ce que l’on a pu dire ou faire au préalable. Hardi ! La route est longue… et si belle !

Le racisme — à l’instar du sexisme ou de l’homophobie —, avant d’être une posture individuelle, voire intime, est un système de domination : celui des Blancs sur les Noirs (au sens large du terme, je pourrais donc dire les « non-Blancs »). Ce système de domination s’est accompli dans l’esclavage et la colonisation sur fond de massacres et d’exterminations des peuples africains au nom du développement économique du Nord capitaliste. [*] Puis l’esclavage a été aboli. La colonisation n’existe plus. C’est ce que m’ont appris mes livres d’histoire en oubliant de me préciser que le capitalisme utilise toujours le racisme comme système d’oppression afin que les Noirs (toujours au sens large) restent les prolétaires d’entre les prolétaires, asservis par les nécessités de leur survie, « nécessités » aux mains du Nord capitaliste qui possède les terres, les marchés, les outils de production et la technologie.
Voilà quelques évidences qui ne devraient pas prêter à discussion. C’est comme le sexiste. Qui peut croire encore aujourd’hui que ce n’est là que postures d’arrière-garde que quelques lois vont changer ? C’est aussi le cas de l’homophobie. Qui peut croire encore aujourd’hui que ce n’est là que simples phobies individuelles relayées par quelques prélats en manque de foi et autres leaders réactionnaires en déficit d’électeurs ? Qui peut croire… ? Tous celles et ceux qui ont déjà décrochés à la lecture de ces lignes, sans doute, celles et ceux qui pensent que le monde va dans le bon sens et que la crise n’est qu’une crise passagère, celles et ceux qui, comme moi, militent depuis des années à la Ligue des droits de l’Homme, à SOS Homophobie ou à Osez le féminisme ! en se disant que l’on va bien pouvoir y changer quelque chose si l’on force le législateur à… À quoi ?
À ouvrir le mariage à tous ? Je n’y reviens pas.
À rompre avec le grand capital, à mettre en marche la révolution écologique, à renoncer à nos privilèges pour que la fameuse « égalité des droits » ne soit pas mise au service de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste, mais au service des personnes, des peuples constitués ou non en nation ou en État. Ne croyez-vous pas, en effet, qu’il serait temps de regarder l’histoire en face, de nous regarder droit dans les yeux, de penser notre avenir dans l’être plutôt que dans l’avoir ? Et changer le monde ?
Ce n’est pas le premier édito où je vous y invite, mais je voudrais le faire aujourd’hui en vous proposant de penser notre humanité dans ce qu’elle peut être au cœur de la rupture avec les systèmes d’oppression qui nous gouvernent. Qu’est-ce qui nous fait humain ? Qui sommes-nous, humain ? Quelle est notre histoire ? Quelle vie voulons-nous mener ? Quelle trace allons-nous laisser ? Et qu’est-ce qui peut nous être commun, à vous, à moi, et à tous les autres et qui fera que l’on comprenne enfin que ce qui nous divise ne sont que les intérêts matériels de ceux qui nous oppriment.
Prenez le temps de lire ces quelques lignes :

« C’est dire que la Négritude au premier degré peut se définir d’abord comme prise de conscience de la différence, comme mémoire, comme fidélité et comme solidarité.
« Mais la Négritude n’est pas seulement passive.
« Elle n’est pas de l’ordre du pâtir et du subir.
« Ce n’est ni un pathétisme ni un dolorisme.
« La Négritude résulte d’une attitude active et offensive de l’esprit.
« Elle est sursaut, et sursaut de dignité.
« Elle est refus, je veux dire refus de l’oppression.
« Elle est combat, c’est-à-dire combat contre l’inégalité.
« Elle est aussi révolte. (…) » [**]

Si à cet instant vous sentez en vous, là, au plus profond de votre être, que vous êtes Nègres, alors vous l’êtes et, plutôt que d’accrocher une petite main à votre poitrine, tendez-la à celles et ceux que vous aimez pour commencer à construire, là où vous êtes, un monde où l’ordre social sera fondé sur le respect des personnes, des cultures et de l’environnement. Pour ma part, oui, je suis Nègre, et même si je sais qu’il s’agit d’une posture politique qui ne m’exonère pas (ce n’est pas sa fonction) d’être Blanche, je suis Nègre parce que tel est l’enjeu de tous mes combats, tel est le sens qui a toujours guidé ma vie et mes identités.

Cy Jung, 25 août 2013

Petit rappel

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.

Lire les éditos précédents.


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[*Je vous invite à suivre les mises en ligne du site « Une autre histoire » qui vous fera découvrir des personnes et des événements méprisés par l’histoire de France.

[**Aimé Césaire, Discours sur la négritude, 1987. Un passage est en lecture ici (pdf).


Information publiée le vendredi 30 août 2013.

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